vendredi 23 juillet 2010

ENTREVUE virtuelle avec MATHIEU FORTIN (1ère partie)



Ce billet est le premier d'une série fort intéressante, qui vous fera connaître des écrivains d'ici et d'ailleurs. Pour les entrevues, Isabelle et moi avons préparé une liste de questions traitant de sujets qui nous passionnent sur l'écriture. Les thèmes abordés seront la relation de l'auteur avec l'écriture, son processus créatif, ses livres et le monde de l'édition, ses lectures et, pour terminer, ses conseils destinés à ceux et celles qui aimeraient un jour devenir auteurs.



C'est avec un immense plaisir que je vous présente MATHIEU FORTIN, auteur de sept romans, résidant à Nicolet. Mathieu a accepté de jouer le jeu de l'entrevue virtuelle ! Et nous lui en sommes extrêmement reconnaissantes. MERCI MATHIEU !

La relation de Mathieu avec l'écriture


Roman en chantier : À quel moment dans votre vie s'est manifesté votre désir d'écrire et à quel moment avez-vous commencé à écrire ?

Mathieu Fortin : J'ai le souvenir d'avoir répondu, en première secondaire, à la question « Quels sont tes loisirs ? » par « je lis et j'écris ». Je sais que lorsque j'étais au primaire, j'ai découvert, dans un vieux coffre dans le sous-sol chez mes parents, les journaux étudiants où mon père avait commis quelques articles (sous pseudonyme... ce n'était peut-être pas lui, mais c'est ce qu'il m'a dit!) et je m'étais alors dit que s'il avait écrit, je le ferais aussi. J'étais très enthousiasmé par l'idée d'avoir deux passions héritées de mes parents : l'écriture pour mon père et la lecture pour ma mère. Depuis que j'ai commencé à écrire de petites histoires, je n'ai jamais arrêté et l'écriture a pris de plus en plus de place dans ma vie, jusqu'à devenir un métier. J'étais ado et j'ai reçu une machine à écrire qui permettait de sauvegarder les textes sur une disquette, et c'est ainsi que ça a vraiment débuté.

Roman en chantier : Et maintenant, est-ce que l'écriture est devenue un besoin pour vous ? Si oui, dites-nous pourquoi ?

Mathieu Fortin : Oui, un besoin. Parce que les projets s'accumulent dans ma tête, sinon. J'écris parce que j'ai envie que ces histoires, ces personnages et leurs relations vivent en dehors des dédales obscurs de mon esprit.

Roman en chantier : Écrivez-vous à temps plein ? Ou en parallèle avec un autre métier ?

Mathieu Fortin : Écrire à temps plein serait tellement merveilleux ! Heureusement, j'ai la chance d'avoir un emploi dans le domaine culturel qui est stimulant. Comme ma copine est déjà pigiste (elle est graphiste en édition et illustratrice), nous avons fait le choix, pour le moment, que j'écrive à temps partiel, même si, en nombre d'heures, on pourrait dire que oui, j'écris à temps plein !

Roman en chantier : Quelle est votre routine d'écriture (Écrivez-vous le matin, l'après-midi, le soir ou pendant la nuit ? Combien d'heures par jour ? De quoi vous entourez-vous pour écrire ? De photos ? De plantes ? De toutous ? De vos chats ? Écrivez-vous à la maison ou dans les cafés, dans les parcs ou en plein coeur de la nature ? Avez-vous un espace juste pour vous ? Si oui, à quoi ressemble-t-il ? Etc.)

Mathieu Fortin : J'aime écrire dans des cafés, mais aussi sur mon balcon, le soir ou tôt le matin. Cependant, avec le petit bébé que nous avons à la maison, je profite de chaque moment, peu importe où et quand, pour travailler dans mes divers projets. Je n'ai pas de rituels précis : j'écris, c'est tout.

Roman en chantier : Quelle partie dans la création d'une histoire préférée vous ? La gestation, le premier jet, le développement des personnages, la réécriture, etc. ? Expliquez-nous pourquoi ?

Mathieu Fortin : Mon moment préféré, c'est quand les éléments se mettent en place et que hop ! On a trouvé exactement la bonne twiste pour mener l'histoire jusqu'au bout et bien manipuler le lecteur. Je ne travaille pas avec un plan très précis, car je suis incapable de trop prévoir, ça gâche mon plaisir d'écriture. Je préfère partir avec quelques idées, des personnages et voir où ça va me mener et comment je vais faire pour intégrer des idées qui naissent en chemin dans le schème général.

Roman en chantier : Si vous aviez à utiliser une métaphore pour décrire le type d'écrivain que vous êtes, quelle serait-elle ?

Mathieu Fortin : Je ne sais pas vraiment ce que je dirais... Travaillant, c'est certain, et j'aime provoquer les lecteurs avec des émotions fortes. J'aimerais que mes lecteurs ressentent les mêmes sentiments d'émerveillement et d'excitation qu'ils peuvent ressentir en regardant des films.

Roman en chantier : Comment qualifiez-vous votre relation avec l'écriture ?

Mathieu Fartin : Amour et haine, parfois angoisse. L'écriture me procure l'amour et parfois la haine, et la publication m'apporte l'angoisse de savoir que les livres seront lancés dans le vaste monde.


Le processus créatif de Mathieu


Roman en chantier : Comment visualisez-vous votre manière de créer ? (Par exemple Mireille Pochard, dans son livre Écrire une nouvelle et se faire publier, explique que lorsqu'elle écrit, elle visualise une pelote, elle imagine que tout est déjà à l'intérieur d'elle, qu'elle ne crée rien, qu'il suffit de dévider... Ce qui n'exclut pas quelques noeuds qu'il faut défaire pour avancer !) Qu'en est-il avec vous ?

Mathieu Fortin : « J'ai vu un ange caché dans la pierre et j'ai gossé pour le libérer ». Je ne sais pas de qui est cette phrase, mais elle représente bien ce que j'ai l'impression de faire : mes idées et mes personnages m'amènent à des situations et je travaille à partir de ça pour trouver jusqu'où aller, en enlevant ce qui cache des révélations et les revirements. Il faut seulement s'assurer, dans ce cas-là, d'enlever les bons morceaux aux bons moments et ne pas avoir peur de creuser plus loin pour aller jusqu'à la forme qui se cache tout en dessous.

Roman en chantier : Comment naissent vos histoires ? Est-ce le personnage qui arrive en premier, l'intrigue, la situation, une atmosphère, un décor ? Est-ce vous qui décidez de l'histoire ou vos personnages ? Utilisez-vous un plan pour écrire ? Ou au contraire, écrivez-vous votre premier jet en vous fiant à ce qui vient tout simplement, à votre inspiration ? Comment procédez-vous ?

Mathieu Fortin : Souvent, c'est une situation où une phrase, ou le désir d'utiliser une anecdote, une situation où un flash, une idée brève mais très précise, qui me vient en tête. En réfléchissant, je trouve des situations connexes, des personnages intéressants et j'écris un premier jet en sachant habituellement assez vaguement vers où je m'en vais. C'est en cours de route que je m'arrête pour faire le plan et réfléchir sur la suite des choses. Je travaille aussi souvent avec un « post-plan » : je schématise après avoir écrit beaucoup et je trouve des angles ou les différentes voies que je vais explorer dans la deuxième version, qui sera le matériel avec lequel je pourrai réellement travailler pour arriver au manuscrit publiable.

Roman en chantier : Vraiment intéressante, cette façon de faire ! Mais comment procédez-vous pour vous immerger dans la conscience de vos personnages et réussir à les ressentir de l'intérieur ?

Mathieu Fortin : Très simple : je relis les derniers paragraphes et je prends un temps d'arrêt.

Roman en chantier : Jusqu'à quel point la part de votre inconscient est-elle présente dans votre écriture ? (Y faites-vous confiance ? Comment travaillez-vous avec lui ? Durant le premier jet ? À chacune des étapes de la création de votre histoire ? Comment le visualisez-vous ? Une fée avec une baguette magique? Un maître écrivain assis sagement à son bureau au sommet d'une montagne ? Comment qualifiez-vous votre relation avec votre inconscient ? Etc.)

Mathieu Fortin : Je fais toujours confiance aux idées qui apparaissent pendant que j'écris, mais je suis très peu « mystique » face à l'écriture. Les idées naissent, on les questionne, elles font naître de nouvelles idées et on brasse le tout pour en sortir la meilleure histoire possible. C'est plutôt cartésien comme approche : pas de bougies, de sacrifices d'animaux ou d'ambiance romantico-clichée. C'est moi, mes idées, mes doigts, mon clavier. S'il se glisse parfois des trucs de mon enfance ou des événements qui m'ont marqué, je les vois plus tard, lorsque je relis ou que des lecteurs me parlent de mes romans.

Roman en chantier : Quels sont vos trucs pour annihiler l'effort de votre critique intérieur à saboter votre écriture ? (Quandvous êtes bloqués, que faites-vous pour vous en sortir ?)

Mathieu Fortin : J'attends. La solution vient toujours. Ou j'écris une scène située plus loin, quitte à la jeter à la poubelle si elle ne sert pas, finalement. J'ai souvent une approche par scènes, comme lorsqu'on écrit des scénarios pour la télé ou le cinéma. Les scènes peuvent parfois être déplacées pour augmenter la tension ou changer la progression dramatique, ce qui me permet d'écrire, parfois, dans le désordre. Ce qui fait qu'il est rare que je sois bloqué, parce que j'ai toujours d'autres scènes sur lesquelles réfléchir ou avancer.
Voilà, ceci termine la première partie de notre entretien avec l'auteur MATHIEU FORTIN.
La seconde partie viendra dans un prochain billet.
Merci d’être là et de nous lire !
Annie xxx...

mercredi 21 juillet 2010

Les points de vue, quelle affaire ! (1ère partie)


J'ai envie de vous parler des points de vue (PDV) narratifs.

Savez-vous ce que c'est ? Il en existe plusieurs. Les voici.

1) PDV à la première personne : c'est quand l'histoire est racontée au « Je », c'est-à-dire quand le narrateur de l'histoire est un personnage (principal ou secondaire) de l'histoire.

2) PDV à la troisième personne : c'est quand l'histoire est racontée au « Il », c'est-à-dire par un narrateur extérieur à l'histoire. Dans cette catégorie, il existe quatre sous catégories. Les voici.

a) Narrateur omniscient : il est partout, sachant tout de tout, plongeant dans la conscience de tous ses personnages, connaissant leur passé, leur futur, comme un Dieu Tout Puissant !

b) Narrateur omniscient limité : jouissant des qualités du narrateur omniscient, celui-ci, par contre, n'entre dans la conscience que d'un ou deux personnages, comme dans les histoires d'amour (le héros et l'héroïne).

c) Narrateur subjectif fixe : ce narrateur raconte l'histoire du point de vue de son personnage principal comme celui à la première personne. En fait, si vous prenez un récit narré au « Je » et que vous le transposez au « Il », vous obtenez une narration subjective fixe. Dans cette sous catégorie, il existe deux options : narrateur subjectif fixe et narrateur subjectif multiple. Dans ce dernier, habituellement chaque chapitre du livre est raconté du point de vue d'un personnage différent, comme dans les livres d'Élizabeth Georges ou de John Le Carré.

d) Narrateur objectif : ce narrateur n'entre JAMAIS dans la conscience des personnages, il est totalement à l'extérieur de l'histoire, il ne décrit que ce qu'il voit et entend : les gestes, les mimiques et les paroles des personnages, les décors avec leurs couleurs, leurs senteurs et leurs bruits... Il peut connaître l'avenir et le passé des personnages, mais « en aucun moment il ne révèle leurs pensées et leurs sentiments, leur attitude, leurs préoccupations, leurs obsessions, leurs désirs ou leurs projets. Tout ce qui participe du fonctionnement interne des personnages est résolument exclu de la narration (...) Ce narrateur écrit d'une manière journalistique, comme un reporteur. » Mes secrets d'écrivain d'Élizabeth Georges.

Maintenant, laissez-moi vous illustrer chacun de ces PDV avec la situation suivante.

Une femme, qu'on va appeler Murielle, apprend par un policier venu cogner à sa porte que son mari François et sa fille ainée Joudie sont morts dans un accident de voiture. L'action se déroule dans la matinée, sous un soleil radieux, en plein coeur d'un été chaud. Dans la maison, il y a la vieille chienne Alice qui dort dans le salon à côté du petit Marcus, âgé de six ans, qui joue avec ses Légos.

1) PDV à la première personne :

Bon, tout est prêt. Les valises, le chien, la maison, les poubelles, les plantes... Je n'ai rien oublié, là. Je fouille nerveusement dans mes poches. Voyons, où est-ce que je l'ai mise ? Puis je la vois, sur le comptoir, ma liste. Je la prends et la scrute. Non, tout est coché ! Hoooo ! Je suis toute énervée ! J'ai tellement hâte de partir ! Enfin, la mer ! La mer... Depuis le temps que j'en rêve. Y être en famille ! J'espère que François et Joudie vont arriver bientôt. On part dans moins d'une heure. Où est Marcus ?
— Marcus !
— Je suis dans le salon.
J'espère qu'il a commencé à ranger ses jouets. Je lui ai pourtant dit de le faire. Une fois dans le salon, je soupire d'impatience.
— Marcus ! Qu'est-ce que tu fais ?
Je m'accroupis près de lui et de sa montagne de Légos.
— On part bientôt et tu joues encore. Pourquoi ? Tu n'as pas hâte d'aller voir l'océan ?
Sans répondre, mon fils s'applique à la construction d'une tour entièrement rouge ! Des blocs ROUGES... Un frisson me saisit.
— Sers tes choses, mon grand, OK ? Et réveille Alice pour qu'elle soit prête...
Ding Dong !
Ah non ! J'espère que ce n'est pas des colporteurs ou des témoins de Jéhova, je n'ai vraiment pas le temps pour ça. Je vais ouvrir la porte et ouf ! ce n'est pas eux, mais un policier à l'air si grave qu'on dirait qu'il vient de perdre sa femme.
— Madame Dutamoine ?
— Oui, c'est moi.
L'homme me prend la main avec douceur. Mais qu'est-ce qu'il lui prend ? Sa main me glace, je n'aime pas ça. Ses yeux plongent dans mon regard et j'ai peur. Peur des mots qui sortiraient de sa bouche...
— J'ai le regret de vous annoncer, commence-t-il avec une voix si faible que je l'entends à peine.
Et pourtant chaque mot semble hurler dans ma tête, comme si je savais...
—... que votre mari et votre fille ont eu un grave accident de voiture. Vous devriez me suivre.
Je le regarde, ce qu'il n'a pas dit résonne trop fort en moi. Un silence bruyant, comme des marteaux géants frappant sur des murs de taule. Sur mon coeur, mon âme...
Les yeux de l'officier sont trop éloquents...
— Ils sont morts ?
Il baisse la tête, incapable de me répondre.
— Suivez-moi, s'il vous plaît.
Soudain, un froid immense m'envahit, un vide.
— Marcus, que je crie à mon fils. Il faut partir, amène Alice.


On utilise ce PDV pour faire entendre au lecteur une voix, celle du personnage, et pour montrer les émotions de ce dernier, ses pensées, son attitude, ses désirs... On est en plein coeur de la conscience du protagoniste. On est totalement dedans ! C'est le PDV le plus intime, le plus près du personnage. Si le but de l'histoire (et de l'auteur) est de montrer l'évolution d'un personnage dans ses émotions, ses pensées et ses attitudes, le PDV à la 1re personne est à privilégier.

Prenez note que le passage décrit ci-dessus est un premier jet, il n'est pas parfait... Merci de votre indulgence. Il se veut simplement un exemple de ce que c'est qu'une narration à la première personne.

La suite dans les prochains billets.

Merci d'être là et de me lire,
Annie xxx...

lundi 19 juillet 2010

PRÉFACES Les auteurs avant les livres


Nouveau blogue de Marie-Julie Gagnon.

Super captivant, stimulant, innovateur... La prémisse de ce blogue : « les premiers pas d'un auteur jusqu'à la publication de sa première oeuvre (même s'il en a publié 50!). » Son objectif est de « faire connaître les artistes d'ici (et d'ailleurs quand l'occasion se présentera) en mettant l'accent sur le processus créatif, mais aussi d'inspirer les écrivains en herbe. » N'est-ce pas intéressant ?

Marie-Julie le fait par la réalisation de courtes vidéos. L'auteur en vedette pour son premier clip est Patrick Dion, qui a lancé son premier roman, Fol allié, en février dernier. Elle nous présente cet auteur d'une manière rafraîchissante, innovatrice et humoristique ! Le montage, avec une bande sonore musicale rythmée, est dynamique et accrocheur. Je vous avoue que suite à ce visionnement, j'avais le goût de me précipiter vers une librairie pour me procurer le premier livre de monsieur Dion !! Je me promets de le faire...

Je lève mon chapeau à Marie-Julie pour cette belle initiative et l'en remercie de tout coeur.

Merci d'être là et de me lire.

Annie :o)

jeudi 15 juillet 2010

La tension dramatique dans les dialogues


Voici un dialogue entre deux personnages qui s'entendent bien.

Romain glissait un doigt sur la joue de Mélina.
— Que dirais-tu si on allait manger au Vietnamien, ce soir ?
Elle sourit.
— Oui, bonne idée, je vais apporter un vin rouge.
Romain la prit par la taille.
— Achète du vin sicilien, c'est le meilleur.
Elle effleura ses lèvres puis lui demanda :
— Comme celui que nous avions bu chez ta tante Jasmine ?
— Oui, je crois qu'à la SAQ du centre-ville, ils en vendent encore.
— Très bien, à quelle heure viens-tu me chercher ?
Il se dégagea d'elle pour prendre sa valise. Elle en fit autant de son côté. Et, main dans la main, ils sortirent du bureau.
— À la même heure que d'habitude, chérie, répondit-il enfin.

Comment vous sentez-vous, suite à ce dialogue ? Êtes-vous intrigués ? Voulez-vous savoir la suite ? Je présume que non, car, dans ce passage, pas grand-chose ne se passe. Le lecteur apprend juste qu'ils vont aller manger au Vietnamien, que ce couple semble heureux. Aucune tension, ici. Oui, la bonne entente existe, et on peut en mettre dans un récit, car il n'y a pas que le malheur dans la vie, mais honnêtement, ce n'est pas cela qui fera tourner les pages de votre livre par vos lecteurs.

Voici le même dialogue, avec quelques modifications.

Romain glissait un doigt sur la joue de Mélina.
— Que dirais-tu si on allait manger au Vietnamien, ce soir ?
Un horrible frisson la saisit. Elle trembla en affichant son plus beau sourire.
— Oui, oui, bien sûr, pourquoi pas?
Elle recula et prit sa valise sur le bureau. Romain fronça les sourcils.
— Tu adores cette cuisine, non ?
Elle lissa nerveusement sa mèche bleue derrière l'oreille.
— Oui, je te l'ai dit, c'est une bonne idée ! Allez, on y va...
Elle ramassa ses lunettes.
— Non, dit-il.
Il saisit son bras avec douceur et l'attira contre lui, puis il planta ses yeux dans les siens. Elle soupira. Ses iris verts la scrutaient, profondément.
— Quoi encore ? fit-elle, agacée. Tu veux manger, oui ou non ?
— Ça ne va pas, toi... Tu es bizarre.
Elle pouffa de rire en se dégageant de son étreinte. Son bras picotait là où il l'avait saisie. Elle se frotta.
— Mélina, qu'est-ce que tu as ? D'habitude, tu sautes de joie quand je t'invite au Viet.
— Je saute de joie, aussi, regarde.
Elle sautillait vers la porte, et tourna brusquement la poignée.
— Allez, viens, dit-elle sans le regarder. La soupe au cari nous attend.
Puis elle disparut dans le couloir.

Là, êtes-vous intrigués ? Aimeriez-vous connaître la suite ? OUI... Pourquoi ? Parce que nous ressentons une tension dans ce dialogue. Mélina cache quelque chose. Et nous voulons savoir quoi. De plus, son bras picotait là où Romain l'avait saisie. Pourquoi ? Ne l'avait-il pas pris avec douceur ? Et pourquoi faisait-elle de l'ironie ? En fait, Mélina n'exprimait pas ses vrais sentiments, et on veut en comprendre les raisons. Nous sommes donc poussés à tourner les pages pour connaître la suite.

Dans ce dialogue, il se passe quelque chose, il y a ce qu'on appelle une tension dramatique.

Si, comme auteur, vous voulez intriguer vos lecteurs, augmentez la tension pas juste dans vos dialogues, mais aussi dans vos scènes d'action, de description et celles où vos personnages réfléchissent.
Ce truc fonctionne.

Merci d'être là et de me lire.
Annie xxx...

mardi 13 juillet 2010

Le style ou l'histoire ?


Qu'est-ce qui importe le plus, selon vous ?

J'ai déjà lu, il y a quelques années, une auteure qui avait un style recherché, une façon particulière et étonnante de dire les choses, avec de belles phrases, un rythme et des métaphores, mais dont l'histoire ne m'a pas du tout accrochée. D'ailleurs, j'ai abandonné ma lecture, même si cette personne avait gagné un prix littéraire pour ce livre. Et cela m'a fait me questionner sur ce que les lecteurs recherchent finalement quand ils choisissent un livre.

UNE BONNE HISTOIRE ! Selon moi.

Je crois plus que jamais que les gens d'aujourd'hui désirent être transportés dans un autre monde, un autre univers, avec des personnages touchants, vibrants, drôles et authentiques, dont la vie les malmène, les teste dans leurs limites, leurs faiblesses, et les « brasse » un peu, les sortant de leur zone de confort afin qu'ils se surpassent.

Imaginez, si en plus cette histoire est racontée avec un style élégant, rafraîchissant, innovateur, cela serait purement génial !

Mais... ce ne sont pas tous les personnages qui décident d'aller au-delà de soi. Certains souffrent et ne voient pas d'issus au « brassage » de la vie. Comme Céleste dans Mademoiselle Personne, un roman écrit par Marie-Christine Bernard. Ce livre, cette histoire, ce style, je n'ai pas de mots pour les décrire. Je les ai vécus, voilà. On ne peut que les vivre. Pour la description de cette incroyable histoire, visitez Le Passe-Mot, Venise l'a faite d'une manière si divine !

Alors, ça existe, une excellente histoire alliée à un style époustouflant ! J'en suis ravie. Je dois tout de même vous avouer qu'en lisant le premier chapitre, j'ai éprouvé un pincement de jalousie. J'aurais aimé écrire aussi bien que Madame Bernard. Je me suis trouvée terne en relisant par la suite certains passages de La brûlure d'Adeline, mais je me suis vite raisonnée. Chaque auteur a son propre style et sa propre façon de dire et de voir la vie. Je n'en suis qu'à mon deuxième bébé littéraire. Je suis en train d'apprendre. Apprendre à retrouver l'écrivaine en moi, son souffle, son style, son expression, sa fluidité d'images et d'émotions... Je suis au début de ma carrière !

Alors, si vous avez le goût de lire une fichue bonne histoire d'amour, avec un style qui se vit, qui nous transporte sur les grèves gaspésiennes, avec ses odeurs, ses couleurs, sa musique, lisez Mademoiselle Personne, roman que j'ai dévoré en trois jours. Comme auteure, j'ai beaucoup appris sur la force évocatrice et la puissance des mots.
Je vous souhaite une enrichissante lecture et un très beau voyage au coeur de la Gaspésie !

Merci d'être là et de me lire.

Annie xxx...

lundi 12 juillet 2010

Petits trucs sur le dialogue


A) Ne dites pas avec « avec » :


Si, comme auteur, vous avez bien fait votre boulot avant une scène de dialogue, vous n'aurez pas à expliquer l'émotion de la personne qui parle.

Voici un exemple où l'on en dit trop :

Martin frappa la table d'un violent coup de poing.
— Quoi ! cria-t-il avec colère. Tu l'as laissé partir !

Le lecteur sait déjà qu'il est en colère parce qu'il l'a vu frapper la table. Le « avec colère » est inutile. On aurait pu écrire :

Martin frappa la table d'un violent coup de poing
— Quoi ! Tu l'as laissé partir !

On n'a pas besoin non plus d'écrire le « cria-t-il », car c'est assez évident qu'il est dans tout ses états, et que sa voix ne sera pas qu'un simple murmure...

L'important est de montrer l'émotion du personnage, de la faire vivre par vos lecteurs, et non de la dire ou de l'expliquer.

B) Évitez les incises :

Voici un dialogue alourdi par la surenchère d'incises.

— Je n'ai plus d'argent, annonça-t-elle.
— Comment ça ? demanda-t-il.
— On me l'a volé, répondit-elle.

Pourquoi écrire « demanda-t-il » suite à une question ? Le lecteur sait déjà que ce personnage pose une question. C'est de la redondance. Le « répondit-elle » est inutile, lui aussi, puisque la réplique qui suit habituellement une question est nécessairement une réponse.

— Je n'ai plus d'argent, annonça-t-elle.
— Comment ça ?
— On me l'a volé.

C) Incluez les gestes de vos personnages :

Dans le dialogue précédent, les lecteurs ne voient pas les personnages agir. Pourtant, dans la vraie vie, lorsqu'on parle, on bouge, on fait quelque chose, par exemple tripoter un crayon, regarder autour de soi, faire la cuisine, classer des dossiers ou marcher dans un parc. La gestuelle des personnages pendant un dialogue doit servir. Elle peut entre autres montrer aux lecteurs les émotions et les pensées du personnage ou ce qu'il tente de ne pas dire.

Anna s'avança timidement vers son père qui lisait le journal dans la cuisine. Ça sentait bon. Il avait fait des oeufs, du bacon et du café. Pour elle. Comme à tous les samedis matins. Et il l'attendait, une tasse à la main. La table était mise avec, au centre, la photo de sa mère. Sa mère... Son ventre se durcit.
— Je n'ai plus d'argent, annonça-t-elle.
Son père avala de travers sa gorgée.
— Comment ça ?
Elle prit place à côté de lui, évitant son regard qui tombait sur elle. Anna avait honte, elle ne voulait pas qu'il lise dans ses yeux, qu'il comprenne...
— On me l'a volé.
Il soupira en lui servant une portion d'oeufs brouillés. Sa fille venait de lui mentir, encore une fois. Il contempla un moment sa femme qui lui souriait sur la photo, et se sentit totalement désemparé.

Voilà, c'était les quelques petits trucs sur le dialogue que je désirais partager avec vous. J'espère qu'ils vous seront utiles.

Merci d'être là et de me lire.

À bientôt,

Annie :o) xxx

lundi 5 juillet 2010

Proposition d'écriture du mois de juillet


La proposition d'écriture du mois de juillet vous attend. Sortez votre coeur d'enfant et partez à la découverte du merveilleux. Imaginez une grosse roche. Dessous, un magnifique papillon aux ailes dorées, qui ne bouge plus. Pourquoi? Rentrez dans la peau, les émotions et les pensées d'une fillette de huit ans et vivez la situation de son point de vue. Voilà ce que je vous offre, pour ce mois-ci!

Amusez-vous, exprimez-vous, laissez-vous aller, libérez votre créativité...

C'est la vie qui jaillit du bout de votre crayon!

Bonne écriture!

Annie :o) xxx...

mardi 29 juin 2010

Des nouvelles fraîches de mon travail de réécriture


Ça avance très bien. Depuis quelques semaines, je relis mes chapitres et m'assure que les émotions vécues par mes personnages soient les bonnes. Je fais confiance à ma petite voix, elle sait quand quelque chose cloche. Alors quand ça grince en dedans, je m'arrête et je relis le passage, je réécris les phrases, et parfois j'en change l'ordre. C'est un travail de minution, avec tous ces petits détails à agencer, à harmoniser, pour améliorer la fluidité du texte, des images, et donner la sensation au lecteur que de l'eau coule librement dans cette rivière de mots, de phrases, d'images, d'émotions...

Je ne lâche pas ! Je suis plus près de la fin que du début. Je suis contente du travail que j'ai accompli et suis parfaitement consciente que ce n'est pas encore terminé. Il me reste deux ou trois réécritures à faire, je crois... J'ai envie de plonger plus profondément en moi pour reconnaître mon propre style. Je ne suis pas certaine de l'avoir trouvé, celui-là. C'est, je pense, à force d'écrire que je vais en prendre conscience. J'ai lu quelque part que le style de l'écrivain est toujours là en lui, car c'est lui, sa façon de voir, de ressentir, d'être.

À suivre...

Du fond de mon coeur, je vous remercie d'être là et de me lire.
J'apprécie !

À bientôt,

Annie xxx...

vendredi 25 juin 2010

Montrer au lieu de dire...


Le « show don't tell » est un conseil que je lis souvent dans mes livres sur l'écriture. Dans son livre The 3 A.M. Epiphany, Brian Kiteley explique pourquoi cette technique est si importante dans la fiction d'aujourd'hui : « L'image est le moteur premier de la plupart des fictions. James Joyce, un chanteur frustré, disait de ses histoires et de ses romans qu'ils étaient menés par la musique. (...) Notre époque est visuelle et la fiction, par nécessité, entre en compétition avec le film et la télévision, sans parler de la publicité télévisuelle (une forme narrative des plus insidieuses). Notre culture est bien davantage régie par l'image que par le verbal. (...) Dans Beyond Culture, Edward T. Hall décrit la manière dont les penseurs les plus innovateurs du XXe siècle articulent leur pensée : en images »

Oui, c'est bien beau, tout cela ! Mais concrètement parlant, comment cette technique s'applique-t-elle dans un texte ? Je vous explique.

Quand j'écris : « Marie est en colère », je donne une information, je la « dis ».

Mais quand j'écris : « Le visage de Marie s'empourpra, et elle frappa violemment la chaise avec son pied. », je montre par une image la colère de Marie, je ne la « dis » pas. Dans ce cas-ci, nous sommes à l'extérieur du personnage, comme une caméra qui filme la scène. Celui qui raconte est un narrateur objectif.

Faisons un pas de plus et allons plus loin, plus creux dans dans la conscience de Marie : « Pour qui il se prenait, ce fils de chien ? Il l'avait plaquée là, lui ! Non, mais... Elle donna un violent coup de pied sur la chaise qui frappa le mur. » Ici, le narrateur est omniscient, il est entré dans la tête de Marie pour nous livrer ses pensées et nous faire vivre, de l'intérieur, sa colère.

Un autre exemple tiré cette fois du livre Flogging the Quill, de Ray Rhamey. (J'en fais une traduction libre)

« La scène : Anna vient de terminer une longue et mauvaise journée au travail et maintenant, elle doit passer quelques heures à l'hôpital auprès de son père qui est inconscient depuis plusieurs jours. Vous voulez faire connaître à vos lecteurs la condition physique et émotionnelle d'Anna.

Un auteur pourrait écrire : Anna était physiquement et mentalement épuisée.

Bien entendu, vous obtenez l'information. Vous avez une compréhension intellectuelle de sa condition. Mais vous ne ressentez pas ce qu'Anna ressent, n'est-ce pas ? Pour montrer l'épuisement mental et physique d'Anna, vous pourriez écrire ceci :

Tout ce qu'Anna voulait faire était de s'affaler dans un lit et dormir. Mais d'abord, elle pleurerait. Elle ne pensait pas être capable de rester calme et posée une minute de plus.

La scène continue : Le père d'Anna se réveille brusquement et se débat comme un fou, haletant. Les moniteurs s'affolent. Vous voulez faire connaître la réaction d'Anna à vos lecteurs.

Un auteur pourrait écrire : Anna avait peur.

Il pourrait aussi nous la montrer avec :

Oh, mon Dieu, qu'est-ce qui était en train de se passer ? “Papa ?” Pourquoi ne répondait-il pas ? “Infirmière, faites quelque chose !” »

Ray Rhamey nous dit que dans certaines scènes, comme la précédente, on ne devrait pas essayer d'informer le lecteur, mais plutôt de lui offrir une expérience. Et c'est en montrant les paroles, les pensées et les actions de nos personnages que cela peut se faire.

Maintenant, qu'en est-il avec vos récits, vos histoires ? Est-ce que vous « montrez » ou bien vous « dites » ?

N'oubliez pas que l'on ne doit pas complètement bannir le « dire » de nos écrits, car parfois il est très utile, surtout quand on a besoin de résumer une partie de l'histoire pour accélérer le rythme de notre récit, en éliminant, entre autres, la surenchère gestuelle.

Voilà.

Je vous souhaite une belle séance d'écriture et termine ce billet en vous proposant un exercice que vous pourrez faire à la maison. Essayez-le, c'est gratuit !

Transformez les phrases suivantes de sorte qu'elle montre l'état au lieu de le dire :

a) Julie avait faim.
b) Marc était gêné.
c) Anne-Sophie était frigorifiée.
d) Le chien avait très chaud.

Amusez-vous !

Merci d'être là et de me lire !
Annie xxx...

samedi 19 juin 2010

Description expérientielle: caractérisez votre récit. Dernière partie


Voici la dernière partie du chapitre sur la description expérientielle de Ray Rhamey, traduit, avec l'autorisation de l'auteur, par ma nièce, Julie Côté, pour mes ateliers d'écriture.

« Description expérientielle de l'action

La description expérientielle signifie que la même action, vécue par deux personnages différents, est une expérience complètement différente pour chacun des deux personnages et, par le fait même, pour le lecteur. Voyons d'abord la technique de la caméra objective :

“Morticia se pencha vers l'avant, les narines dilatées. Elle enfonça ses crocs dans la nuque de Frank. Le sang afflua dans sa bouche, tout en tombant goutte à goutte du cou de sa proie. Il gémissait et se tordait, mais elle le tenait solidement contre le mur, se délectant de son essence.”

Voici le problème : les personnages ne sont pas des caméras. Ils vivent l'action, ils ne la regardent pas se produire. Leur expérience doit se sentir dans la manière dont l'action est relatée. Voici donc l'action du point de vue de Morticia :

“Morticia se pencha vers l'avant. L'odeur du sang de Frank, dont la pulsation était visible sous la peau de son cou, provoquait son excitation. Ses crocs s'allongèrent et elle les enfonça dans une veine. La douceur du sang se frayait un chemin de sa langue jusqu'à sa gorge. Son gémissement ne faisait que l'attiser davantage et, quand elle le sentit se tordre sous sa poigne, elle regagna de la force pour le tenir solidement contre le mur, se délectant de l'arôme de sa frayeur et se délectant du goût riche de son essence.”

Pensez-vous que l'expérience de Frank au même moment puisse être décrite identiquement à l'expérience de Morticia ? C'est très peu probable...

“Frank se contracta quand Morticia se pencha vers lui, un éclat de panique s'emparant de son esprit. Elle... le sentait ? Oh ! Mon Dieu ! Et elle avait des crocs et ils s'allongeaient sous son regard. Elle les enfonça et il sentit deux pointes percer son cou douloureusement. Un liquide chaud coulait sur sa nuque — était-ce bien son sang ? Un gémissement lui échappa et il se tordit, poussant de toutes ses forces pour s'échapper. Comme s'il était un enfant, elle le coinça contre le mur avec une force incroyable.”

Je ne clame pas que les exemples ci-dessus soient du grand art — je ne les ai écrits qu'en vitesse après tout ! —, mais je crois que la technique qui y est illustrée est essentielle à la création d'une expérience pour votre lecteur. Décrire, oui, mais pas sans ajouter une saveur à la scène en question en partageant la manière dont le personnage la ressent et la vie. Même une couleur peut porter un sens. Dans les phrases suivantes, voyez lesquelles vous transmettent une expérience versus une simple information.

La robe de Sheila est bleue.

La robe de Sheila était du même bleu douteux dont se vêtait la mère de Steve quand elle sortait boire.

J'ai remarqué l'utilisation élégante que faisait Benjamin Black de cette technique dans The Siver Swans. Une femme regarde un homme qui pourrait être tout simplement décrit comme grand et maigre. Toutefois, l'auteur nous le fait plutôt percevoir à travers le regard de la femme, de manière à caractériser les deux personnages.

“Quelle adorable démarche souple il avait, se penchant un peu d'un côté et puis de l'autre à chacune des longues enjambées qu'il faisait, ses épaules se baissant au rythme de ses pas et sa tête glissant doucement vers l'arrière et vers l'avant sur son cou fin et long comme une tige, rappelant la tête d'un exotique et merveilleux oiseau échassier.”

Vous avez assez d'exemples ?

En contre-exemples...

Il n'y a pas de règle absolue. Je me sens obligé de préciser que, bien que je pense que l'utilisation de la description expérientielle dans un moment propice rende la fiction plus riche et plus attirante, ce n'est pas la seule façon de rendre une histoire fascinante.

La raison pour laquelle je me sens obligé de faire cette précision est que, lorsque je peaufinais ce manuscrit, je suis tombé sur le livre de Stephen King Les yeux du dragon. Publié en 1988, ce roman de King a la structure d'un conte typique; il y a le bon prince, le prince méchant, le magicien diabolique, les dragons, etc.

L'Histoire est racontée par King en tant que narrateur et, à l'occasion, il s'adresse directement au lecteur. Il ne transmet pas l'expérience des personnages, laissant au lecteur le rôle d'observateur plus que celui de participant.

Pourtant, grâce à la voix de King et au comique de l'histoire, j'ai eu beaucoup de plaisir à lire de livre. La distance entre le lecteur et l'histoire ne dérange pas, car la voix de ce talentueux narrateur qui chuchote à l'oreille du lecteur rend le tout très amusant.

Voilà ce qui est dit.

Toutefois, il va sans dire que la même histoire et les mêmes personnages auraient pu avoir un impact plus fort sur le lecteur si l'histoire avait été écrite d'une autre manière. Là est toute la beauté d'être écrivain; vous disposez d'une liberté infinie sur l'expérience de lecture que vous voulez faire vivre à vos lecteurs (son degré d'implication émotionnelle et intellectuelle).

Vous êtes le conducteur, vous choisissez la route; vous n'avez plus qu'à rendre le voyage le plus agréable possible. »

Ceci conclut la série des trois billets consacrés à la description expérientielle. Si vous avez aimé ces textes qui, je vous rappelle, ne sont pas de moi, mais de Ray Rhamey, auteur du livre Flogging the Quill, vous pouvez toujours vous procurer son bouquin ICI, pour connaître ses autres techniques de narration. C'est un très bon livre, écrit en anglais cependant, mais la langue ne devrait pas être un obstacle pour ceux et celles qui veulent apprendre... Non ? Ayez un bon dictionnaire anglais/français et une grammaire anglaise à la portée de main, et voilà ! Vous comprendrez !
Merci de me lire.
À bientôt,
Annie xxx...

mercredi 16 juin 2010

Description expérientielle: caractérisez votre récit. Partie 2


Voici la suite du dernier billet.

« Description expérientielle d'un lieu

Quand vous voyez un endroit du point de vue d'un personnage, vous pouvez faire deux choses à la fois : décrire au lecteur la scène de manière à situer l'action dans son contexte tout en montrant la personnalité du personnage.
Dans l'exemple qui suit, vous verrez une approche utilisée par plusieurs auteurs : le “coup d'oeil”. Voici comment la salle de courrier d'une grande corporation y est vue.

“Dans une salle grise avec des lumières fluorescentes, une rangée de pigeonniers pour trier le courrier longeait un mur. Juste à côté se trouvaient un chariot de livraison à roulettes, un ordinateur sur un bureau ainsi qu'un fauteuil pivotant usé.”

Maintenant, décrivons ce même emplacement de manière à caractériser un homme dans la cinquantaine qui travaille dans la salle de courrier :

“Jeff alluma les lumières de la salle de courrier. Les fluorescents l'aveuglèrent comme ils le faisaient depuis quinze ans. Les murs grisâtres, eux, irradiaient la déprime. La rangée de pigeonniers qui longeaient le mur semblait le fixer, chaque case vide lui rappelant son existence. Le chariot de livraison se tenait là, dans l'attente de lui causer cette douleur quotidienne à la hanche lorsqu'il déambulait péniblement d'un bureau à l'autre, remettant leur courrier à ces gens qui ne le voyaient pas, ces gens pour qui il faisait partie des meubles.
Sur son bureau, l'ordinateur attendait qu'on l'allume, avec tous ses programmes qui lui faisaient manquer à sa tâche dès qu'il voulait faire un envoi. Il s'assit dans son fauteuil pivotant déglingué, les coussins de la chaise qui moulait son corps et le grincement qu'elle produisait lorsqu'il s'inclinait lui procurant un faible sentiment de confort.”

Comme c'est le cas pour la description par “coup d'oeil”, la description expérientielle illustre la pièce dans laquelle le personnage se trouve. Cette manière de faire a donc la qualité de mettre la scène en contexte en plus de définir le personnage, dans ce cas-ci, Jeff.
La même pièce du point de vue d'un autre personnage aurait les mêmes caractéristiques physiques, mais pourrait sembler être un lieu complètement différent. Voici la description de la même pièce du point de vue de Jinny, une nouvelle employée dans la vingtaine.

“Jinny entra en trombe dans la salle de courrier, déçue, une fois de plus, que Jeff y soit déjà. Un bon jour, elle arriverait avant lui et verrait à refaire l'organisation de la salle. Il n'avait même pas encore allumé l'ordinateur. Elle passa à côté de lui, qui était affalé, comme à l'habitude, dans son vieux fauteuil pivotant aux coussins miteux — pourquoi ne demandait-il pas à avoir quelque chose de décent? — et elle alluma l'ordinateur.
Quand ce fut la pause et qu'il sortit fumer, elle navigua sur ses blogues préférés. Les murs grisâtres sous la douce lumière des fluorescents calmaient son mal de tête. Le long du mur, la rangée de pigeonniers attendait qu'elle remplisse chaque case du courrier. Le chariot de livraison était là — peut-être qu'elle demanderait à Jeff si elle pouvait faire la distribution aujourd'hui, passant d'un cubicule à l'autre, saluant et rencontrant des gens. Même si elle ne travaillait là que depuis un mois, la salle de courrier lui semblait déjà être comme un vieil ami.”

Mêmes pigeonniers, même “coup d'oeil” de l'endroit, mais une caractérisation différente; c'est ce qui en fait une description expérientielle.
Quand nous entrons dans une pièce, nous ne voyons pas seulement ce qui est à l'intérieur, mais nous y réagissons d'une manière qui nous caractérise personnellement. Procédez de la même manière avec vos personnages et vous verrez votre récit prendre des couleurs uniques. »
Dans le prochain billet, il sera question de la description expérientielle de l'action.
Merci d'être là et de me lire.
Annie xxx...

lundi 14 juin 2010

Description expérientielle: caractérisez votre récit. Partie 1


J'ai mis la main sur un livre vraiment extraordinaire, écrit par Ray Rhamey. Le titre : Flogging the Quill, Crafting a Novel that Sells. J'aimerais vous partager une partie de ce livre qui a été traduite, avec l'autorisation de l'auteur, par ma nièce Julie Côté, pour mes ateliers d'écriture. C'est le chapitre concernant la description expérientielle.

Le voici :

« Le lecteur d'un roman veut ressentir l'effet du roman sur lui ; il veut être enlevé du monde dans lequel il vit. Il veut sentir, voir et faire des choses qu'il ne ferait jamais, il veut vivre le monde du roman.

C'est là votre devoir : créer cette expérience. Il ne s'agit pas de raconter une histoire, mais de créer une réaction précise dans l'esprit de votre lecteur, de rendre même les invraisemblances réelles dans sa tête. Les personnages sont la clé et le coeur de la création, de cette expérience pour le lecteur.

Ceci fait référence au vieux dicton “show, don't tell”. Raconter, c'est transmettre une information, comme on le fait dans un journal quotidien. Un roman devrait transmettre l'expérience d'un personnage. (Note : Les mots raconter et montrer seront mis en italique lorsque nous ferons référence à l'aspect artisanal de la création du récit.)

La description est un élément clé de chaque roman, de chaque scène. Les scènes doivent être situées (décrites) de manière à ce que le lecteur connaisse le contexte dans lequel le personnage se trouve. L'action doit également y être montrée, bien évidemment. Dans un roman, les descriptions ne doivent pas être de simples “photographies” de ce que le personnage voit. Bien que ce procédé soit souvent utilisé, il faut toujours garder en tête qu'un ensemble de “photographies” ne crée pas une expérience. Les “photographies” racontent, fournissent de l'information; elles ne transmettent pas d'émotions ni ne créent pas l'expérience que nous recherchons dans un récit.

La meilleure description qui soit provient du personnage, forgée à partir de son point de vue à lui, de ses émotions, ses besoins, ses croyances et ses désirs.

C'est ce qui caractérise.

Décrivez à partir de l'intérieur, pas de l'extérieur

Voici une description tirée d'un extrait où l'auteur aurait pu procéder à une caractérisation, mais ne l'a pas fait. Dans ce passage, l'auteur décrit Jimmy et sa copine de la manière suivante :

“Jimmy était maigre comme un clou (high-school skinny), si mince et encore en croissance, comme le prouvaient ses muscles tendus et ses tendons apparents. Il n'était pas grand, seulement 5 pieds et 7, mais comme sa copine ne mesurait que 5 pieds et 3, ils avaient tous les deux l'air du couple parfait.”

J'ai bien aimé l'utilisation de l'expression “high-school skinny”, mais ces quelques lignes prouvent clairement la maladresse de l'auteur en matière de description.

Le segment de phrase “ils avaient tous les deux l'air du couple parfait” provient clairement d'un autre point de vue, car Jimmy ne peut possiblement pas voir ce dont lui et sa copine ont l'air ensemble. Il s'agit donc ici d'un cas primaire de “raconter”

Je sais qu'il peut être difficile de décrire un personnage selon son point de vue à lui, surtout si vous voulez éviter la vieille technique consistant à regarder dans un miroir — laquelle il vaut mieux la laisser aux oubliettes tellement elle est usée! —, mais il existe d'autres façons de procéder. Par exemple :

“Jimmy craignait que Kathy le trouve trop maigre. Sa mère lui disait que c'était normal, que c'était parce qu'il grandissait encore, d'où ses tendons apparents et ses muscles définis. Mais de ne mesurer que 5 pieds 7 ne le dérangeait pas — Kathy ne mesurait pas plus que 5 pieds 3, ce qui faisait penser à Jimmy qu'ils formaient un couple parfait.”

Comme vous pouvez le voir, ce passage fournit non seulement une “photographie” d'eux, mais caractérise Jimmy selon ce qu'il ressent à l'intérieur, et non pas selon ce que l'on voit à l'extérieur — ce qui représenterait le point de vue de l'auteur, pas celui du personnage. Le lecteur ne quitte pas l'esprit du personnage, il y plonge plus en profondeur. »

Dans le prochain article, vous pourrez lire la suite de ce chapitre où il sera question de la description expérientielle d'un lieu et de celle de l'action.
Si cet extrait vous a plu et que vous aimiez en savoir plus, voici le lien pour vous procurer ce merveilleux livre : Flogging the Quill

À bientôt,

Annie xxx

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