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samedi 22 janvier 2011

Les GUILLEMETS et les DIALOGUES

La semaine passée, lors de mes deux ateliers d’écriture, les participants et moi avons discuté sur la façon d’écrire un dialogue. C'est durant le cours du vendredi, cependant, que j’ai soudain allumé sur le procédé qui utilise les guillemets. Avant, je dois vous l’avouer, je ne comprenais cette technique que partiellement…

Vous savez, j’adore enseigner l’écriture, parce que j’y apprends énormément ! C’est fou…

Donc, c’est en lisant un extrait du roman L’indésirable aux participants que je compris en détail cette façon d’écrire les dialogues.

Belle technique, vous allez voir ! Plus je la découvre, plus je l’aime.

Allons-y avec un exemple tiré de mon imaginaire, un premier jet, avec quelques retouches, d’accord ? Et toute son imperfection : mon but, ne l’oubliez pas, est d’illustrer la méthode.

Aline marcha nerveusement vers Jean. Il ne l’avait même pas remarquée, ce qui augmenta son anxiété, et son cœur s’emballa. À tout moment, ses jambes pouvaient lâcher. Il ne le fallait pas, il devait le savoir. Décidée, malgré ses échasses flageolantes, elle se planta devant lui. « Je suis ta fille, dit-elle. » Il pouffa de rire. « Qu’est-ce que tu racontes, petite ? T’as mal dormi ?

− Non, j’ai la preuve ADN. Tiens… »

Il saisit le billet qu’elle lui tendait, et plus il le lisait, plus son visage blêmissait. Il braqua soudain des yeux sévères sur elle. Aline tressaillit. « Comment est-ce possible ? » demanda-t-il en lui remettant brusquement la feuille. « Je n’ai pas d’enfant, je n’ai pas de femme, je suis seule depuis…

− Tu n’as jamais rencontré de femmes dans ta vie ?

− Ben, euh, fit-il, oui, quelques-unes, mais rien de sérieux…

− Tu ne t’es jamais imaginé que l’une d’entre elles aurait pu tomber enceinte de toi ? »

Il se frotta machinalement le menton, plissant les yeux. « Y a p’t-être cette gitane, Françoise, avec qui j’ai batifolé un peu plus longtemps…

− Francesca, peut-être ?

− Non, elle s’appelait Françoise ! Quand je l’ai connue, elle nichait face à l’océan Pacifique dans une espèce de caravane bleue qu’elle avait probablement tirée avec son vieux Jeep. »

Jean se mit à sourire, semblant tout à coup perdu dans ses souvenirs. Aline en profita pour sortir une photo de sa poche et la lui brandit sous le nez. « Cette caravane, par hasard ? » Il coula un regard vers elle. Ses yeux trahissaient une profonde incrédulité, de la peur aussi. D’un geste lent, il prit la photo et l’examina.

Ce qu’il faut comprendre avec cette technique, c’est que chaque fois que vous voulez introduire une phrase de la narration, vous devez fermer les guillemets pour les ouvrir plus tard, lors d’une réplique suivante, comme le démontre l’exemple ci-dessous.

« Je suis ta fille, dit-elle. » Il pouffa de rire. « Qu’est-ce que tu racontes, petite ? T’as mal dormi ?

Si je n’ai pas fermé les guillemets à la suite de la deuxième réplique, c’est parce qu’une autre réplique suivait directement. Dans ce cas précis, vous devez alors utiliser les tirets pour introduire cette nouvelle réplique. Et lorsque vous avez plusieurs répliques qui s’enchaînent, sans inclure de phrases appartenant à la narration, privilégiez les tirets.

« Je n’ai pas d’enfant, je n’ai pas de femme, je suis seule depuis…

− Tu n’as jamais rencontré de femmes dans ta vie ?

− Ben, euh, fit-il, oui, quelques-unes, mais rien de sérieux…

− Tu ne t’es jamais imaginé que l’une d’entre elles aurait pu tomber enceinte de toi ? »

La première réplique est introduite par un guillemet qu'on ouvre, puis les suivantes sont précédées d'un tiret. Et la dernière réplique de l'échange se termine par un guillemet fermé. Voilà.

Ça va ? Vous me suivez toujours ? OK, alors on peut continuer.

Qu’en est-il maintenant des incises ? C’est très simple. Si elles sont brèves, vous les insérez à l’intérieur des guillemets. « Je suis ta fille, dit-elle. » Par contre, si elles sont longues, vous fermez le guillemet avant et écrivez l’incise après.

Il saisit le billet qu’elle lui tendait, et plus il le lisait, plus son visage blêmissait. Il braqua soudain des yeux sévères sur elle. Aline tressaillit. « Comment est-ce possible ? » demanda-t-il en lui remettant brusquement la feuille. « Je n’ai pas d’enfant, je n’ai pas de femme, je suis seule depuis…

Et si une autre réplique du même personnage suit, vous rouvrez alors les guillemets comme je l’ai fait.

Pour conclure, voici un extrait tiré du roman de Sarah Waters, L’indésirable, P.136-137. Je vous conseille de prendre votre temps pour analyser la façon dont l’auteure utilise les guillemets et les tirets dans ses dialogues. Bonne lecture et bonnes découvertes !

« Ce n’était la faute de personne, dit Caroline. C’est ce beau-frère qui s’est déchaîné sur le clavecin. Et si les parents avaient su tenir la petite au lieu de la laisser courir partout — ou mieux encore, s’ils ne l’avaient pas simplement amenée… »

Ce qui nous ramenait exactement au point de départ, si ce n’est que, cette fois, c’est Caroline, sa mère et moi qui revécûmes le drame du début à la fin, chacun apportant sa vision légèrement différente des événements. De temps à autre, je jetai un regard vers Rod. Je le vis allumer une nouvelle cigarette — qu’il rata complètement, laissant tomber du tabac sur ses genoux —, je le sentais remuer sans cesse, s’agiter, comme agacé par nos voix. Toutefois, je ne m’étais pas rendu compte à quel point il se sentait mal jusqu’à ce qu’il bondisse soudain sur ses pieds.

« Assez ! fit-il. Je ne peux plus supporter ça. J’en ai assez entendu pour aujourd’hui. Excusez-moi, Maman, docteur : je retourne à ma chambre. Je suis désolé. Je… je suis désolé. »

Il parlait d’une voix si épuisée et se déplaçait si péniblement que je fis mine de me lever pour l’aider.

« Ça va aller ?

− Très bien », fit-il aussitôt, tendant une main comme pour me repousser. « Ne vous inquiétez pas. Réellement, je vais très bien. » Il eut un sourire peu convaincant. « Simplement, je me sens un peu minable, après ce soir. Je vais… je vais dire à Betty de m’apporter un caco. Après une bonne nuit de sommeil, je serai en pleine forme. »

Sa sœur se leva, se dirigea vers lui et glissa un bras sous le sien.

« Vous n’avez pas besoin de moi, Maman? fit-elle à mi-voix. Dans ce cas, je vais aussi vous dire bonsoir. » Elle me jeta un regard gêné. « Merci d’être passé nous voir, docteur Faraday. C’est très attentionné de votre part. »

Je fus contraint de me lever à mon tour. « Désolé de n’avoir pas pu apporter de meilleures nouvelles. Mais je vous en prie, essayez de ne pas trop vous inquiéter.

− Oh, je ne suis pas inquiète », fit-elle avec un sourire aussi brave que celui de son frère. « C’est gens peuvent bien dire ce qu’ils veulent. Ils ne toucheront pas à Gyp. Je ne les laisserai pas faire. »

Roderick et elle sortirent, le chien trottinant fidèlement sur leurs talons, rassuré pour le moment, par l’assurance de leurs voix.

Voilà.

Merci d’être là et de me lire !

Annie xxx…

jeudi 16 décembre 2010

Les différentes formes du dialogue - partie 2

Voici la suite du dernier billet sur les différents styles des dialogues.

2- Le style indirect : dans ce type de dialogue, le narrateur rapporte les discours de ses personnages.

   — Ses avantages : la fluidité. Les paroles sont rapportées, sans couper la phrase, en les incluant, la plupart du temps dans une proposition subordonnée.
   — Ses inconvénients : il entraîne la concordance des temps qui dénature la parole exacte, la modification des pronoms personnels et l'usage du que et du qui, alourdissant la phrase.

   Exemple :

« Quand Jeanne aperçut son frère marcher sur la rue Bronx, elle courut vers lui et lui ordonna de déguerpir au plus vite. Marc l’envoya paître, il lui balança qu’il avait un rendez-vous ultra important et qu’il ne devait pas être en retard. Jeanne tira brusquement sur son chandail et tenta de le ralentir. Mais avec ses gros bras tatoués, et d’un geste sans effort, il se libéra de sa prise en lui disant qu’elle n'aurait pas dû être là, que c’était dangereux pour elle. Elle lui répliqua que si ça l’était pour elle, ça l’était pour lui aussi. »

Dans ce style, il y a un verbe introducteur à la réplique des personnages.

3- Le style indirect libre : dans ce type de dialogue, le narrateur rapporte les discours des personnages, sans avoir recours aux propositions subordonnées.

  — Ses avantages : la fluidité. Il supprime quelques inconvénients : pas de subordination, pas de ponctuation, la parole est intégrée à la narration.
   — Ses inconvénients : il garde le changement de pronom et la concordance des temps. Le verbe introductif doit être subtilement amené, cela demande une certaine habileté. Il faut compacter : Elle bâilla : il était tard, elle devait rentrer.
Souvent une virgule remplace les deux points : Ses propos avaient été clairs, il viendrait demain.

Exemple :

« Quand Jeanne aperçut son frère marcher sur la rue Bronx, elle courut vers lui et tenta de le convaincre : il devait déguerpir au plus vite, cet endroit n’était pas pour lui, il valait mieux que ces voyous. Marc l’envoya paître, il avait un rendez-vous ultra important et il ne devait pas être en retard. Jeanne tira brusquement sur son chandail et tenta de le ralentir. Mais avec ses gros bras tatoués et d’un geste sans effort, il se libéra de sa prise en la sermonnant : elle n'aurait pas dû être là, c’était dangereux pour elle. Jeanne le fixa intensément du regard, si ça l’était pour elle, ça l’était pour lui aussi! »

Les répliques en bleu sont les paroles rapportées, mais sans verbes introducteurs.

Dans les romans où les dialogues remplissent les pages, il est bon de varier les formes pour casser la monotonie. Élizabeth George (encore elle, me direz-vous ! Eh bien oui. C'est une auteure qui maîtrise plusieurs techniques narratives et je l'admire !), auteure de plusieurs romans policiers, varie les formes de ses dialogues. Lisez Le cortège de la mort, son tout dernier livre, et vous le verrez. Le style direct est privilégié, mais nous y trouvons aussi les deux autres styles. De plus, elle écrit du point de vue de chacun de ses personnages. La lire est très nourrissant pour l'écrivaine que je suis!


Enfin, je tiens à vous préciser que pour écrire ce billet, j'ai d'abord butiné dans quelques bouquins, notamment Écrire une nouvelle et se faire publier de Mireille Pochard et Écrire, Un plaisir à la portée de tous de Faly Stachak. Deux livres fort intéressants, que je suggère aux mordus de la création littéraire !  








Merci d'être là et de me lire !
Annie xxx...








mercredi 8 décembre 2010

Les différentes formes du dialogue

Il existe différents types de dialogue que l'écrivain peut utiliser pour rapporter le discours de ses personnages. Les voici :

1- le style direct;
2- le style indirect;
3- le style indirect libre.


1- Le style direct :  


 « La présentation typographique du dialogue dans les livres peut revêtir différentes formes. Par convention, quand il s’agit d’une ou de quelques phrases, on cite les paroles des personnages entre guillemets, dans le corps du texte. » P.101, Atelier d’écriture en question, Du désir d’écrire à l’élaboration de l’écrit, André Marquis et Hélène Guy, Éditions Nota Bene, 2007.

Voici un extrait de L’histoire de Lisey écrit par Stephen King dans lequel ce procédé est utilisé.

Dans ce passage Lisey doit appeler à l’institut Greenlawn pour y placer sa sœur Amanda qui est devenue « végétale ».

C’était un enregistrement. Lisey s’était fait narder.
Ouais, mais qu’ils croient pas s’en tirer à si bon compte, pensa-t-elle en enfonçant la touche 5 pour Informations Relatives à l’Admission d’un Patient.
« Ne quittez pas, nous recherchons votre correspondant », l’informa l’agréable voix féminine, avant d’être remplacée par l’orchestre Prozac jouant un truc qui ressemblait vaguement à Homeward Bound de Paul Simon.
Lisey tourna la tête pour informer Darla qu’elle était en attente, mais Darla était montée jeter un œil sur Amanda.
Tu parles, se dit-elle. C’est qu’elle supportait pas le susp…
« Bonjour, Cassandra à votre service, que puis-je faire pour vous ? »
Prénom de mauvais augure, babylove, émit le Scott qui avait élu domicile dans sa tête.
« Je suis Lisa Landon… Mme Scott Landon. »

« Toutefois, dans un dialogue constitué de plusieurs répliques, on utilise le tiret pour signifier un changement d’interlocuteur. On peut ouvrir les guillemets devant le tiret devant la réplique initiale et les refermer après le tiret de la réplique terminale comme on peut omettre tout bonnement les guillemets et commencer l’échange verbal avec un tiret, sans ouvrir les guillemets. Il importe de choisir une convention et de la respecter tout au long du roman ou de la nouvelle. » P.101, Atelier d’écriture en question, Du désir d’écrire à l’élaboration de l’écrit, André Marquis et Hélène Guy, Éditions Nota Bene, 2007.

Voici un autre extrait de la même histoire citée ci-haut, dans lequel les guillemets sont utilisés avec les tirets.

« Je veux que vous placiez le chat dans votre congélateur, madame Landon. Vous pouvez le laisser dans le sac, c’est parfait. Quelqu’un passera le prendre demain pour l’emmener chez Kendall et Jesperson. Ce sont les vétérinaires avec qui nous travaillons. Ils tenteront de déterminer la cause de la mort…

— Ça ne devrait pas être difficile, dit Lisey. La boîte à lettres était pleine de sang.

— Hm-hmm. Dommage que vous n’ayez pas pris quelques clichés polaroïd avant de tout nettoyer.

— Oh je vous prie d’accepter mes plus plates excuses! s’écria Lisey, piquée au vif.

— Calmez-vous », dit Clutterbuck. Calme lui-même. « Je comprends que vous étiez choquée. N’importe qui l’aurait été. »

Pas vous, pensa Lisey avec rancune. Vous seriez resté aussi froid que… qu’un chat au congélateur.

Voici maintenant un extrait du cinquième tome de la série Harry Potter dans lequel on n’utilise que les tirets pour les dialogues.

Vers sept heures du soir, tous les invités étaient arrivés, sous la conduite de Fred et de George qui les avaient attendus au bout de la route. Pour l’occasion Hagrid portait son plus beau – et horrible – costume marron et pelucheux. Malgré le grand sourire que Lupin lui adressa en lui serrant la main, Harry trouvait qu’il avait l’air malheureux. C’était curieux, car Tonks, qui se tenait à côté de lui, paraissait tout simplement radieuse.

— Joyeux anniversaire. Harry, dit-elle, et elle le serra dans ses bras.

— Alors, ça y est, tu as dix-sept ans? lança Hagrid en prenant le verre de vin de la taille d’un seau que lui tendait Fred. Ça fait six ans qu’on s’est vu pour la première fois, Harry, tu te souviens?

— Vaguement, répondit celui-ci avec un sourire. C’était le jour où vous avez défoncé la porte, où vous avez fait pousser une queue de cochon à Dudley et où vous m’avez annoncé que j’étais sorcier?

— J’ai oublié les détails, gloussa Hagrid. Ça va, Ron, Hermione ?

— Très bien, assura Hermione. Et vous?

— Oh, pas mal. Beaucoup de travail, on a eu des bébés licornes, je vous les montrerai quand vous viendrez.

Harry évita le regard de Ron et d’Hermione pendant que Hagrid fouillait dans sa poche.

— Tiens, Harry, reprit Hagrid. Savais pas quoi t’offrir, mais je me suis rappelé que j’avais ça.

Il sortit une petite bourse à l’aspect légèrement duveteux, dotée d’un long cordon destiné de toute évidence à être passé autour du cou.

— De la peau de Moke. On peut cacher ce qu’on veut, là-dedans, et seul son propriétaire peut récupérer ce qu’il y a mis. Rares, ces trucs-là.

— Merci, Hagrid !


Dans un prochain billet, nous verrons le style indirect et le style indirect libre.
En espérant que cette information vous a été utile.
 
Merci d'être là et de me lire.
À bientôt,
Annie xxx... 

lundi 11 octobre 2010

Les pensées des personnages - Partie 3

Ce billet est le dernier de la série Les pensées des personnages. N'oubliez pas qu'il est une traduction libre du livre Dynamic Characters de Nancy Kress paru en 1998 aux éditions Writer's Digest Books. À cette traduction libre, j'ai ajouté des exemples de mon cru afin de bien illustrer le propos.

C'est parti!

Distance! Très près et personnelle, ou pas?


Dans une histoire racontée avec un PDV d’un narrateur à la troisième personne, il y a trois positions que vous pouvez prendre concernant la distance avec vos personnages. Et dépendamment du choix de la distance, la mécanique à utiliser pour présenter les pensées des personnages sera différente.

La distance est la mesure de « comment loin » vous, l’auteur, vous vous tenez par rapport à votre personnage alors que vous racontez votre histoire.

A) Êtes-vous celui qui observe complètement à partir de l’extérieur, comme une caméra qui filmerait tous les gestes et paroles de vos personnages, et qui apporterait occasionnellement son commentaire ? Si oui, vous êtes très loin de vos personnages. C’est la plus grande distance qu’un auteur peut prendre pour raconter son histoire.

Dans ce cas-ci, le narrateur n’entre pas dans les pensées des personnages. Comme dans l’exemple ci-dessous :

Janie fixa l’écran de la télévision avec intensité. Un homme costaud, aux yeux gris acier, les mains liées dans le dos, tituba devant un policier qui le poussait brutalement.
− Lui! s’exclama-t-elle en fermant le téléviseur. Marie… Elle ne doit surtout pas le savoir.
Elle termina son café d’une traite, se précipita vers le téléphone et composa le numéro de son frère.
− Allez… réponds. Marc…, s’impatienta-t-elle en rongeant l’un de ses ongles.
Janie détestait quand elle ne pouvait joindre facilement son frère jumeau. Certes, ils se ressemblaient beaucoup, mais ils n’avaient rien en commun, contrairement aux autres jumeaux qu’ils connaissaient. Lui travaillait dans un garage miteux, mangeait du fast-food et aimait le country, et elle enseignait la musique au conservatoire, mangeait santé et n'écoutait que du classique.
Enfin, une voix familière répondit à l’autre bout du fil.
− Marc. C’est moi…

Dans ce fragment d’histoire, le narrateur et le lecteur sont très loin du personnage et se tiennent à l’extérieur de lui : on voit Janie agir et parler. Le narrateur nous dit que Janie déteste quand elle ne peut joindre son frère facilement et nous donne même une information sur les jumeaux. Mais, en aucun cas, on n’est dans les pensées de Janie.

B) Si vous vous teniez directement derrière le personnage, et que vous voyiez exactement ce qu’elle voit, avec quelques incursions occasionnelles dans sa tête pour nous présenter ses pensées, alors vous vous trouveriez à une distance moyenne de votre personnage. Voici le même exemple modifié :

Janie fixa l’écran de la télévision avec intensité. Un homme costaud, aux yeux gris acier, les mains liées dans le dos, tituba devant un policier qui le poussait brutalement. Lui! s’exclama-t-elle dans sa tête en fermant le téléviseur. Qu’arriverait-il si Marie venait à l’apprendre ? Janie n’osa même pas y penser. D’une traite, elle termina son café et se précipita vers le téléphone. Elle composa le numéro de son frère. Il était le seul, songea-t-elle, à savoir quoi faire…
− Allez, réponds. Marc…
Elle s’impatienta et rongea ses ongles. Une sonnerie, deux, trois… Elle grimaça, elle détestait quand elle ne pouvait le joindre facilement. Son frère et elle, même s’ils étaient jumeaux, avaient beau se ressembler, ils n’avaient rien en commun, rumina-t-elle, rien, contrairement aux autres jumeaux qu’ils connaissaient. Lui travaillait dans un garage miteux, mangeait du fast-food et aimait le country alors qu’elle enseignait la musique au conservatoire, mangeait santé et n’écoutait que du classique.
Une voix familière répondit enfin à l’autre bout du fil.
− Marc. C’est moi…

Dans cet exemple, nous entrons un peu plus dans la tête de Janie, nous savons ce qu’elle pense et ressent. Les incises sont utilisées, car nous sommes à une certaine distance d’elle, nous ne voyons pas la scène complètement de son point de vue. Il pourrait y avoir confusion si les incises n’étaient pas utilisées : est-ce Janie qui pense ou est-ce le narrateur qui donne une information? Pour présenter les pensées, les formats 1, 3 et 4 (voir premier billet de cette série) sont à privilégier dans ce cas-ci.

C) Si vous traversez l’histoire entière dans la tête d’un personnage, de sorte que tout ce que le lecteur voit est filtré par la conscience du personnage, vous vous trouvez alors à une distance proche de votre personnage, comme si l’histoire était racontée par un narrateur à la première personne. Voici comment, de ce PDV, l’exemple ci-dessus serait raconté :

Janie fixa l’écran de la télévision avec intensité. Un homme costaud, aux yeux gris acier, les mains liées dans le dos, tituba devant un policier qui le poussait brutalement. Elle retint son souffle. Lui! Non… Et Marie? Elle ne devait surtout pas le savoir. Ah, merde… si elle l’apprend… Elle n’osa pas y penser et, d’une traite, termina son café puis se précipita vers le téléphone. Elle composa le numéro de son frère. Il était le seul à savoir quoi faire, il avait déjà passé par là…
− Allez, réponds. Marc…
Elle s’impatienta et rongea ses ongles. Une sonnerie, deux, trois… Elle grimaça, elle abhorrait quand il lui faisait cela. Oui, ils étaient jumeaux, oui, ils avaient beau se ressembler, mais tout les séparait, contrairement à Jack et Sadie qui se collaient comme des frères siamois et qui ne se lâchaient pas d’un poil. Étouffant!
Sixième sonnerie. Elle soupira. Mais où était-il donc? Au garage? En train d’écouter son country au plafond et s’empiffrant d’une poutine? Elle fit une moue. Il était tout le contraire d’elle qui enseignait la musique au conservatoire, mangeait santé et n’écoutait que du classique. Des jumeaux? Juste en apparence…
Enfin, une voix familière répondit à l’autre bout du fil.
− Marc. C’est moi…

Dans cet exemple, les pensées de Janie nous sont montrées, contrairement à l’exemple précédent où elles nous étaient dites. Nous sommes dans la tête de Janie, nous percevons la situation de son point de vue. Et les pensées sont présentées dans son langage à elle, avec sa tournure de phrase à elle et avec ses mots. On expérimente davantage les pensées du personnage : on les entend et on les ressent. Quand votre narrateur se tient à une distance proche de vos personnages, les formats 2 et 5 sont à privilégier pour présenter leurs pensées.

Voilà. J'espère que cette série de billets vous a permis d'y voir plus clair sur les différentes façons de présenter les pensées de vos personnages.

On se revoit dans un prochain billet...
À venir : une entrevue virtuelle avec une grande auteure.
Surprise!

Merci d'être là et de me lire.
Annie xxx...

mercredi 6 octobre 2010

Les pensées des personnages - Partie 2

Voici la suite de mon billet d'hier. N'oubliez pas qu'il est une traduction libre d'un passage du livre Dynamic Characters, How to create personnalities that keep readers captivated, de Nancy Kress, livre paru aux éditions Writer's Digest Books en 1998.

L’utilisation de l’italique signifie un changement dans le point de vue (passant de la troisième personne à la première) et dans le temps de la narration (passant du passé au présent). Voyons cela dans un passage un peu plus long :

« Myriam observait le visage de Jean. Il avait les yeux chassieux à cause des quatre verres de whisky qu’il avait ingurgités avant le repas. Ses pupilles bougeaient dans tous les sens. Son sourire — ce sourire qu’elle aimait autrefois — était inégal : un coin de lèvre relevée et l’autre pas, pâle rayon d’un homme à qui la vie paraissait bienveillante, car rien n’était vu clairement. Des œufs séchés s’encroutaient dans sa barbe. Je ne peux plus le faire, pensa-t-elle. C’est impossible. »

Cette technique travaille bien dans les cas où l’on présente de courtes pensées. Cependant, pour des pensées plus longues qu’une phrase ou si vous utilisez cette technique trop souvent dans votre histoire, cela peut sembler une intrusion. Le lecteur peut sentir que l’écrivain éprouve de la difficulté à décider s’il doit écrire à la troisième personne ou à la première. En plus, si les italiques sont utilisés pour mettre de l’emphase, alors des pensées en italiques qui se suivent sans arrêt peuvent paraître comme un gonflement artificiel. Des personnages qui pensent avec emphase tout le temps sont aussi ennuyants que des personnages qui crient tout le temps.

Une manière plus subtile de combiner les pensées à la première personne avec une narration à la troisième personne est de mettre de côté l’italique, mais de conserver l’incise et le temps présent. Donc, le passage ci-dessus devient :

« Myriam observait le visage de Jean. Il avait les yeux chassieux à cause des quatre verres de whisky qu’il avait ingurgités avant le repas. Ses pupilles bougeaient dans tous les sens. Son sourire — ce sourire qu’elle aimait autrefois — était inégal : un coin de lèvre relevée et l’autre pas, pâle rayon d’un homme à qui la vie paraissait bienveillante, car rien n’était vu clairement. Des œufs séchés s’encroutaient dans sa barbe. Je ne peux plus le faire, pensa-t-elle. C’est impossible. » 

Mais que se passe-t-il si votre personnage est une personne qui pense beaucoup et que vous avez ses longues réflexions à transmettre au lecteur? Une des solutions est d'écrire les pensées (qui étaient, à l'origine, écrites à la première personne et au temps présent) à la troisième personne et au passé, afin de s’harmoniser avec le temps de la narration (qui est au passé). Alors, le passage devient :

« Myriam observait le visage de Jean. Il avait les yeux chassieux à cause des quatre verres de whisky qu’il avait ingurgités avant le repas. Ses pupilles bougeaient dans tous les sens. Son sourire — ce sourire qu’elle aimait autrefois — était inégal : un coin de lèvre relevée et l’autre pas, pâle rayon d’un homme à qui la vie paraissait bienveillante, car rien n’était vu clairement. Des œufs séchés s’encroutaient dans sa barbe. Elle ne pouvait plus le faire, pensa-t-elle. C’était impossible. »

Cette façon de manipuler les pensées est moins intrusive et apparente, parce que vous ne changez ni le temps ni la personne.

Finalement, voici une autre option, laquelle est la meilleure parce qu’elle coule comme l’eau d'un ruisseau, sans heurts. Vous préservez les pensées à la troisième personne et le temps de narration au passé, mais vous mettez complètement de côté l’incise, donc :

« Myriam observait le visage de Jean. Il avait les yeux chassieux à cause des quatre verres de whisky qu’il avait ingurgités avant le repas. Ses pupilles bougeaient dans tous les sens. Son sourire — ce sourire qu’elle aimait autrefois — était inégal : un coin de lèvre relevée et l’autre pas, pâle rayon d’un homme à qui la vie paraissait bienveillante, car rien n’était vu clairement. Des œufs séchés s’encroutaient dans sa barbe. Elle ne pouvait plus le faire. C’était impossible. » 

Le lecteur ne se demandera-t-il pas qui pense que Myriam ne peut plus le faire : Myriam elle-même, ou le narrateur? Cela dépend d’un autre facteur dans la manipulation des pensées : la distance.

Vous en saurez davantage dans le prochain billet.

Merci d'être là et de me lire.
Annie xxx...

mardi 5 octobre 2010

Les pensées des personnages - Partie 1

Est-ce que vos personnages pensent ? Les miens, beaucoup. Il faudrait que certains d'entre eux réfléchissent moins et agissent plus. C'est un aspect sur lequel je dois toujours porter mon attention lors de mes réécritures. Car c'est récurrent... Peut-être reflète-t-il un trait de ma personnalité ? Hmm... Lequel ? Dans quelle sphère de ma vie suis-je passive et réflexive ? Bon, là, je m'égare un peu du sujet de ce billet. Je ne suis pas là pour vous faire l'analyse psychologique de ma vie, mais bien pour vous parler des différentes façons de présenter les pensées des personnages.  

(Le texte qui suit est une traduction libre d’un passage du livre Dynamic Characters, de Nancy Kress, Writer’s Digest Books, 2004)

À une moment ou à un autre, tous les personnages de romans pensent. Les questions à nous poser alors, comme écrivain, sont :

« Comment présenter leurs pensées sans confusions, spécialement dans une histoire racontée par un narrateur à la troisième personne ? La diction devrait-elle s’harmoniser avec les dialogues des personnages ou avec le style narratif de l’écrivain ? Comment le lecteur sait-il si les phrases sont exprimées dans l’esprit du personnage ou sont simplement une exposition de l’auteur ? Mettez-vous les pensées entre guillemets ? En italiques ? Dans un paragraphe distinct ? Pour les pensées plus intimes, est-ce que vous changez le point de vue à celui de la première personne ? Quel dialecte le personnage utilise-t-il quand il pense dans sa tête ? »

La mécanique! On peut compter sur elle!

Voici cinq façons différentes de présenter les pensées d’un même personnage d’une histoire narrée à la troisième personne et au passé.

1) Joanie regardait le garçon à l’autre bout de la pièce. Il est beau, pensa-t-elle. Je veux le rencontrer. [Pensées au présent, à la première personne, en italiques, avec l’incise « pensa-t-elle »]

2) Joanie regardait le garçon à l’autre bout de la pièce. Il est beau. Je veux le rencontrer. [Pensées au présent, à la première personne, en italiques, pas d’incises]

3) Joanie regardait le garçon à l’autre bout de la pièce. Il est beau, pensa-t-elle. Je veux le rencontrer. [Pensées au présent, à la première personne, pas d’italiques, avec l’incise « pensa-t-elle ».]

4) Joanie regardait le garçon à l’autre bout de la pièce. Il était beau, pensa-t-elle. Elle voulait le rencontrer. [Pensées au passé, à la troisième personne, pas en italique, avec une incise]

5) Joanie regardait le garçon à l’autre bout de la pièce. Il était beau. Elle voulait le rencontrer. [Pensées au passé, à la troisième personne, pas d’italique, pas d’incise]

Peu importe le format que vous choisissez pour présenter les pensées de vos personnages, utilisez le même tout au long de votre histoire afin que vos lecteurs, une fois qu’ils auront saisi la mécanique, n’aient pas à faire d’ajustements mentaux.

Pour la même raison, n’utilisez pas de guillemets autour des pensées de vos personnages. Quand il verra le guillemet d’ouverture, le lecteur pensera aussitôt que c’est une réplique dialoguée du personnage, et, à la fin de la phrase, quand il lira le « pensa-t-il », il devra ajuster son image mentale : « Ce gars-là ne parle pas à haute voix après tout ! » Cela peut être un facteur de distraction dans sa lecture. Et la prochaine fois qu’il rencontrera un guillemet, il ne voudra pas savoir si le personnage parle à haute voix ou s’il ne fait que ruminer.

Une fois la cohérence installée, peut-on découvrir certains avantages et inconvénients à ces cinq façons de présenter les pensées ?

OUI.

Mais pour connaître la suite, vous devrez lire mon prochain billet. ;)  
 
Merci d'être là et de me lire.
Annie xxx...

jeudi 15 juillet 2010

La tension dramatique dans les dialogues


Voici un dialogue entre deux personnages qui s'entendent bien.

Romain glissait un doigt sur la joue de Mélina.
— Que dirais-tu si on allait manger au Vietnamien, ce soir ?
Elle sourit.
— Oui, bonne idée, je vais apporter un vin rouge.
Romain la prit par la taille.
— Achète du vin sicilien, c'est le meilleur.
Elle effleura ses lèvres puis lui demanda :
— Comme celui que nous avions bu chez ta tante Jasmine ?
— Oui, je crois qu'à la SAQ du centre-ville, ils en vendent encore.
— Très bien, à quelle heure viens-tu me chercher ?
Il se dégagea d'elle pour prendre sa valise. Elle en fit autant de son côté. Et, main dans la main, ils sortirent du bureau.
— À la même heure que d'habitude, chérie, répondit-il enfin.

Comment vous sentez-vous, suite à ce dialogue ? Êtes-vous intrigués ? Voulez-vous savoir la suite ? Je présume que non, car, dans ce passage, pas grand-chose ne se passe. Le lecteur apprend juste qu'ils vont aller manger au Vietnamien, que ce couple semble heureux. Aucune tension, ici. Oui, la bonne entente existe, et on peut en mettre dans un récit, car il n'y a pas que le malheur dans la vie, mais honnêtement, ce n'est pas cela qui fera tourner les pages de votre livre par vos lecteurs.

Voici le même dialogue, avec quelques modifications.

Romain glissait un doigt sur la joue de Mélina.
— Que dirais-tu si on allait manger au Vietnamien, ce soir ?
Un horrible frisson la saisit. Elle trembla en affichant son plus beau sourire.
— Oui, oui, bien sûr, pourquoi pas?
Elle recula et prit sa valise sur le bureau. Romain fronça les sourcils.
— Tu adores cette cuisine, non ?
Elle lissa nerveusement sa mèche bleue derrière l'oreille.
— Oui, je te l'ai dit, c'est une bonne idée ! Allez, on y va...
Elle ramassa ses lunettes.
— Non, dit-il.
Il saisit son bras avec douceur et l'attira contre lui, puis il planta ses yeux dans les siens. Elle soupira. Ses iris verts la scrutaient, profondément.
— Quoi encore ? fit-elle, agacée. Tu veux manger, oui ou non ?
— Ça ne va pas, toi... Tu es bizarre.
Elle pouffa de rire en se dégageant de son étreinte. Son bras picotait là où il l'avait saisie. Elle se frotta.
— Mélina, qu'est-ce que tu as ? D'habitude, tu sautes de joie quand je t'invite au Viet.
— Je saute de joie, aussi, regarde.
Elle sautillait vers la porte, et tourna brusquement la poignée.
— Allez, viens, dit-elle sans le regarder. La soupe au cari nous attend.
Puis elle disparut dans le couloir.

Là, êtes-vous intrigués ? Aimeriez-vous connaître la suite ? OUI... Pourquoi ? Parce que nous ressentons une tension dans ce dialogue. Mélina cache quelque chose. Et nous voulons savoir quoi. De plus, son bras picotait là où Romain l'avait saisie. Pourquoi ? Ne l'avait-il pas pris avec douceur ? Et pourquoi faisait-elle de l'ironie ? En fait, Mélina n'exprimait pas ses vrais sentiments, et on veut en comprendre les raisons. Nous sommes donc poussés à tourner les pages pour connaître la suite.

Dans ce dialogue, il se passe quelque chose, il y a ce qu'on appelle une tension dramatique.

Si, comme auteur, vous voulez intriguer vos lecteurs, augmentez la tension pas juste dans vos dialogues, mais aussi dans vos scènes d'action, de description et celles où vos personnages réfléchissent.
Ce truc fonctionne.

Merci d'être là et de me lire.
Annie xxx...

lundi 12 juillet 2010

Petits trucs sur le dialogue


A) Ne dites pas avec « avec » :


Si, comme auteur, vous avez bien fait votre boulot avant une scène de dialogue, vous n'aurez pas à expliquer l'émotion de la personne qui parle.

Voici un exemple où l'on en dit trop :

Martin frappa la table d'un violent coup de poing.
— Quoi ! cria-t-il avec colère. Tu l'as laissé partir !

Le lecteur sait déjà qu'il est en colère parce qu'il l'a vu frapper la table. Le « avec colère » est inutile. On aurait pu écrire :

Martin frappa la table d'un violent coup de poing
— Quoi ! Tu l'as laissé partir !

On n'a pas besoin non plus d'écrire le « cria-t-il », car c'est assez évident qu'il est dans tout ses états, et que sa voix ne sera pas qu'un simple murmure...

L'important est de montrer l'émotion du personnage, de la faire vivre par vos lecteurs, et non de la dire ou de l'expliquer.

B) Évitez les incises :

Voici un dialogue alourdi par la surenchère d'incises.

— Je n'ai plus d'argent, annonça-t-elle.
— Comment ça ? demanda-t-il.
— On me l'a volé, répondit-elle.

Pourquoi écrire « demanda-t-il » suite à une question ? Le lecteur sait déjà que ce personnage pose une question. C'est de la redondance. Le « répondit-elle » est inutile, lui aussi, puisque la réplique qui suit habituellement une question est nécessairement une réponse.

— Je n'ai plus d'argent, annonça-t-elle.
— Comment ça ?
— On me l'a volé.

C) Incluez les gestes de vos personnages :

Dans le dialogue précédent, les lecteurs ne voient pas les personnages agir. Pourtant, dans la vraie vie, lorsqu'on parle, on bouge, on fait quelque chose, par exemple tripoter un crayon, regarder autour de soi, faire la cuisine, classer des dossiers ou marcher dans un parc. La gestuelle des personnages pendant un dialogue doit servir. Elle peut entre autres montrer aux lecteurs les émotions et les pensées du personnage ou ce qu'il tente de ne pas dire.

Anna s'avança timidement vers son père qui lisait le journal dans la cuisine. Ça sentait bon. Il avait fait des oeufs, du bacon et du café. Pour elle. Comme à tous les samedis matins. Et il l'attendait, une tasse à la main. La table était mise avec, au centre, la photo de sa mère. Sa mère... Son ventre se durcit.
— Je n'ai plus d'argent, annonça-t-elle.
Son père avala de travers sa gorgée.
— Comment ça ?
Elle prit place à côté de lui, évitant son regard qui tombait sur elle. Anna avait honte, elle ne voulait pas qu'il lise dans ses yeux, qu'il comprenne...
— On me l'a volé.
Il soupira en lui servant une portion d'oeufs brouillés. Sa fille venait de lui mentir, encore une fois. Il contempla un moment sa femme qui lui souriait sur la photo, et se sentit totalement désemparé.

Voilà, c'était les quelques petits trucs sur le dialogue que je désirais partager avec vous. J'espère qu'ils vous seront utiles.

Merci d'être là et de me lire.

À bientôt,

Annie :o) xxx

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