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mardi 22 février 2011

UN PEU DE TOUT !!

J'ai envie de vous parler de plein de choses qui m'animent ces jours-ci.

Gratitude

D'abord, je tiens à remercier Lucille Bisson qui a écrit un billet tout simple, mais rempli de quiétude intérieure et de bien-être. Une vraie perle. Lire ses mots commence bien une journée! Si ça vous intrigue, cliquez ICI.

Je tiens aussi à remercier Paule Boucher, de l'école de rêve Nuit et Jour, qui a écrit un gentil billet sur moi et sur mon roman, Adeline, porteuse de l'améthyste.
Une belle publicité!!
Vous êtes curieux et curieuse, cliquez ICI.

Extrait de mon roman

Sur ma page Mes livres, j'ai ajouté un extrait de mon roman, Adeline, porteuse de l'améthyste. J'ai choisi le chapitre 6. Après sa lecture, si vous devenez accros ;-), vous pourrez toujours cliquer sur les liens de librairies en ligne. ;-)  MERCI... :o)

Découvertes

Je continue mon exploration et mon expérimentation du « W storyboard » de Mary Carroll Moore, avec ma nouvelle. J'ai réussi à sortir les cinq scènes les plus saillantes du récit. Ensuite, j'ai placé les autres scènes sur mon tableau. Et j'ai pris conscience que la faiblesse de mon histoire se trouve dans l'acte II. J'arrivais trop vite au premier tournant (ou moment décisif). J'ai donc ajouté un obstacle dans la quête de mon personnage principal. Obstacle qui fait partie de la grande machination de mon personnage méchant. En travaillant sur le  « storyboard », l'histoire s'est précisée dans ma tête et l'action s'est clarifiée. C'est magique!
Et tout se tient! Yéééé!
Vous devez savoir que Mary Carroll More a aussi fait un autre genre de « storyboard ». Celui-là, il est linéaire. Vous pouvez l'écouter nous en parler ICI.

Voici mes « Storyboard » personnels 


  



En sachant quelles sont les faiblesses de mon histoire, je peux mieux travailler sur elles ensuite (à partir d'une liste que j'ai faite dans mon journal d'écrivain). Voilà. Je suis rendue là... Je vous tiens au courant pour la suite. J'aime beaucoup vous parler de ma démarche créative. C'est stimulant, vous n'avez pas idée!! ;)

Et vous? Avez-vous essayé le « Storyboard »? Si oui, et si vous le voulez bien, je vous offre la possibilité de publier les photos de vos « storyboard » personnels sur le blogue dans un prochain billet.

Montrons à toutes et à tous comment cet outil est fantastique et vraiment aidant.

Si le projet vous emballe, envoyez-moi votre photo à mon adresse de courriel :
Ou vous pouvez simplement me donner la permission de copier votre photo qui pourrait apparaître sur votre blogue ou sur Facebook, advenant le cas où vous en auriez déjà parlé.

J'attends donc de vos nouvelles, et je vous souhaite de belles expériences avec cet outil merveilleux!

Merci d'être là et de me lire.
À bientôt,
Annie xxx... 

jeudi 3 février 2011

La technique de l'entrevue

Emily Hanlon explique dans son livre The Art of Fiction Writing or How to Fall Down the Rabbit Hole Without Really Trying, une technique que je trouve extraordinaire. En tout cas, pour le genre d’écrivaine que je suis, elle fonctionne très bien. Je l’utilise pour mieux comprendre mes personnages, pour qu’ils ne soient pas uniquement des êtres de papier à une seule dimension. Cette technique m’aide à mieux les ressentir de l’intérieur. Elle m’aide à contrer cette fâcheuse habitude que j’ai d’avoir une vision purement mentale de ce qu’ils sont, évitant tout contact avec mes émotions.

Voici comment Emily nous décrit sa technique :

(traduction libre)

Cette technique d’interviewer le personnage peut-être très utile. Le secret de son succès consiste à être assez relaxe, libéré suffisamment de son critique intérieur, pour couler avec le flot créatif et laisser naître tout ce qui peut ou doit être né. Peut-être voudriez-vous prendre du temps pour visualiser le personnage dans votre œil intérieur. Vous n’avez absolument pas besoin de voir l’aspect physique du personnage; à la place, ouvrez-vous à sa présence et permettez à son énergie de vous animer, de vous habiter. Utilisez cette technique avec un personnage qui provient de l’un de vos écrits ou avec l'un que vous n’avez jamais encore imaginé. Ne doutez ni des questions ni des réponses qui surgiront naturellement.

Voici certaines questions vous aidant à démarrer votre entrevue. On ne vous en donne que quelques-unes; laissez le reste de l’entretien jaillir naturellement des interactions entre vous et le personnage. Faites-vous une idée de lui ou d'elle dès son apparition. Sentez son énergie, entendez sa voix, laissez l’entrevue prendre ses propres directions, sa propre vie. Coulez dans le flot.

Questions de départ :

— Quel est ton nom?

— Quel âge as-tu?

— Où est-ce que tu es né(e)?

— Où habites-tu maintenant?

— Êtes-vous marié(e)?

— Avez-vous des enfants?

— Quel genre de travail faites-vous dans la vie?

— Dites-moi pourquoi tu es ici.

La dernière question est celle que je préfère. J’en ai posé une semblable à mon personnage Sandrinelle, héroïne de la nouvelle que je suis en train d’écrire pour l’atelier d’Élisabeth Vonarburg. Je lui ai demandé pourquoi elle voulait que je parle d’elle. Et sa réponse fut l'idée qui se cachait derrière mon histoire et que je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus…

On peut aussi utiliser cette technique quand on ne sait plus comment un de nos personnages doit réagir dans une situation donnée. C’est ce que j’ai fait avec mon personnage Jacob, dans mon roman La Brûlure d’Adeline. Il m’a répondu et j’ai pu continuer l’écriture de mon histoire.

Cette technique m'aide vraiment à creuser dans mes personnages...

En écoutant attentivement les réponses des personnages, on peut mieux cerner leur voix particulière, c’est-à-dire leur façon de parler, leur jargon, la structure de leurs phrases…

Je vous le dis, l’entrevue est un outil incomparable pour l’écrivain. Essayez-le et racontez-moi votre expérience, en laissant un commentaire, ci-dessous.

Si vous connaissez d’autres techniques aidant l’écrivain à mieux habiter ses personnages, techniques que vous avez déjà expérimentées de préférence, je vous invite à nous les partager en laissant un commentaire, ci-dessous, afin que tout un chacun puisse en bénéficier.

Merci d’être là et de me lire.

À bientôt,

Annie xxx…

lundi 11 octobre 2010

Les pensées des personnages - Partie 3

Ce billet est le dernier de la série Les pensées des personnages. N'oubliez pas qu'il est une traduction libre du livre Dynamic Characters de Nancy Kress paru en 1998 aux éditions Writer's Digest Books. À cette traduction libre, j'ai ajouté des exemples de mon cru afin de bien illustrer le propos.

C'est parti!

Distance! Très près et personnelle, ou pas?


Dans une histoire racontée avec un PDV d’un narrateur à la troisième personne, il y a trois positions que vous pouvez prendre concernant la distance avec vos personnages. Et dépendamment du choix de la distance, la mécanique à utiliser pour présenter les pensées des personnages sera différente.

La distance est la mesure de « comment loin » vous, l’auteur, vous vous tenez par rapport à votre personnage alors que vous racontez votre histoire.

A) Êtes-vous celui qui observe complètement à partir de l’extérieur, comme une caméra qui filmerait tous les gestes et paroles de vos personnages, et qui apporterait occasionnellement son commentaire ? Si oui, vous êtes très loin de vos personnages. C’est la plus grande distance qu’un auteur peut prendre pour raconter son histoire.

Dans ce cas-ci, le narrateur n’entre pas dans les pensées des personnages. Comme dans l’exemple ci-dessous :

Janie fixa l’écran de la télévision avec intensité. Un homme costaud, aux yeux gris acier, les mains liées dans le dos, tituba devant un policier qui le poussait brutalement.
− Lui! s’exclama-t-elle en fermant le téléviseur. Marie… Elle ne doit surtout pas le savoir.
Elle termina son café d’une traite, se précipita vers le téléphone et composa le numéro de son frère.
− Allez… réponds. Marc…, s’impatienta-t-elle en rongeant l’un de ses ongles.
Janie détestait quand elle ne pouvait joindre facilement son frère jumeau. Certes, ils se ressemblaient beaucoup, mais ils n’avaient rien en commun, contrairement aux autres jumeaux qu’ils connaissaient. Lui travaillait dans un garage miteux, mangeait du fast-food et aimait le country, et elle enseignait la musique au conservatoire, mangeait santé et n'écoutait que du classique.
Enfin, une voix familière répondit à l’autre bout du fil.
− Marc. C’est moi…

Dans ce fragment d’histoire, le narrateur et le lecteur sont très loin du personnage et se tiennent à l’extérieur de lui : on voit Janie agir et parler. Le narrateur nous dit que Janie déteste quand elle ne peut joindre son frère facilement et nous donne même une information sur les jumeaux. Mais, en aucun cas, on n’est dans les pensées de Janie.

B) Si vous vous teniez directement derrière le personnage, et que vous voyiez exactement ce qu’elle voit, avec quelques incursions occasionnelles dans sa tête pour nous présenter ses pensées, alors vous vous trouveriez à une distance moyenne de votre personnage. Voici le même exemple modifié :

Janie fixa l’écran de la télévision avec intensité. Un homme costaud, aux yeux gris acier, les mains liées dans le dos, tituba devant un policier qui le poussait brutalement. Lui! s’exclama-t-elle dans sa tête en fermant le téléviseur. Qu’arriverait-il si Marie venait à l’apprendre ? Janie n’osa même pas y penser. D’une traite, elle termina son café et se précipita vers le téléphone. Elle composa le numéro de son frère. Il était le seul, songea-t-elle, à savoir quoi faire…
− Allez, réponds. Marc…
Elle s’impatienta et rongea ses ongles. Une sonnerie, deux, trois… Elle grimaça, elle détestait quand elle ne pouvait le joindre facilement. Son frère et elle, même s’ils étaient jumeaux, avaient beau se ressembler, ils n’avaient rien en commun, rumina-t-elle, rien, contrairement aux autres jumeaux qu’ils connaissaient. Lui travaillait dans un garage miteux, mangeait du fast-food et aimait le country alors qu’elle enseignait la musique au conservatoire, mangeait santé et n’écoutait que du classique.
Une voix familière répondit enfin à l’autre bout du fil.
− Marc. C’est moi…

Dans cet exemple, nous entrons un peu plus dans la tête de Janie, nous savons ce qu’elle pense et ressent. Les incises sont utilisées, car nous sommes à une certaine distance d’elle, nous ne voyons pas la scène complètement de son point de vue. Il pourrait y avoir confusion si les incises n’étaient pas utilisées : est-ce Janie qui pense ou est-ce le narrateur qui donne une information? Pour présenter les pensées, les formats 1, 3 et 4 (voir premier billet de cette série) sont à privilégier dans ce cas-ci.

C) Si vous traversez l’histoire entière dans la tête d’un personnage, de sorte que tout ce que le lecteur voit est filtré par la conscience du personnage, vous vous trouvez alors à une distance proche de votre personnage, comme si l’histoire était racontée par un narrateur à la première personne. Voici comment, de ce PDV, l’exemple ci-dessus serait raconté :

Janie fixa l’écran de la télévision avec intensité. Un homme costaud, aux yeux gris acier, les mains liées dans le dos, tituba devant un policier qui le poussait brutalement. Elle retint son souffle. Lui! Non… Et Marie? Elle ne devait surtout pas le savoir. Ah, merde… si elle l’apprend… Elle n’osa pas y penser et, d’une traite, termina son café puis se précipita vers le téléphone. Elle composa le numéro de son frère. Il était le seul à savoir quoi faire, il avait déjà passé par là…
− Allez, réponds. Marc…
Elle s’impatienta et rongea ses ongles. Une sonnerie, deux, trois… Elle grimaça, elle abhorrait quand il lui faisait cela. Oui, ils étaient jumeaux, oui, ils avaient beau se ressembler, mais tout les séparait, contrairement à Jack et Sadie qui se collaient comme des frères siamois et qui ne se lâchaient pas d’un poil. Étouffant!
Sixième sonnerie. Elle soupira. Mais où était-il donc? Au garage? En train d’écouter son country au plafond et s’empiffrant d’une poutine? Elle fit une moue. Il était tout le contraire d’elle qui enseignait la musique au conservatoire, mangeait santé et n’écoutait que du classique. Des jumeaux? Juste en apparence…
Enfin, une voix familière répondit à l’autre bout du fil.
− Marc. C’est moi…

Dans cet exemple, les pensées de Janie nous sont montrées, contrairement à l’exemple précédent où elles nous étaient dites. Nous sommes dans la tête de Janie, nous percevons la situation de son point de vue. Et les pensées sont présentées dans son langage à elle, avec sa tournure de phrase à elle et avec ses mots. On expérimente davantage les pensées du personnage : on les entend et on les ressent. Quand votre narrateur se tient à une distance proche de vos personnages, les formats 2 et 5 sont à privilégier pour présenter leurs pensées.

Voilà. J'espère que cette série de billets vous a permis d'y voir plus clair sur les différentes façons de présenter les pensées de vos personnages.

On se revoit dans un prochain billet...
À venir : une entrevue virtuelle avec une grande auteure.
Surprise!

Merci d'être là et de me lire.
Annie xxx...

mercredi 6 octobre 2010

Les pensées des personnages - Partie 2

Voici la suite de mon billet d'hier. N'oubliez pas qu'il est une traduction libre d'un passage du livre Dynamic Characters, How to create personnalities that keep readers captivated, de Nancy Kress, livre paru aux éditions Writer's Digest Books en 1998.

L’utilisation de l’italique signifie un changement dans le point de vue (passant de la troisième personne à la première) et dans le temps de la narration (passant du passé au présent). Voyons cela dans un passage un peu plus long :

« Myriam observait le visage de Jean. Il avait les yeux chassieux à cause des quatre verres de whisky qu’il avait ingurgités avant le repas. Ses pupilles bougeaient dans tous les sens. Son sourire — ce sourire qu’elle aimait autrefois — était inégal : un coin de lèvre relevée et l’autre pas, pâle rayon d’un homme à qui la vie paraissait bienveillante, car rien n’était vu clairement. Des œufs séchés s’encroutaient dans sa barbe. Je ne peux plus le faire, pensa-t-elle. C’est impossible. »

Cette technique travaille bien dans les cas où l’on présente de courtes pensées. Cependant, pour des pensées plus longues qu’une phrase ou si vous utilisez cette technique trop souvent dans votre histoire, cela peut sembler une intrusion. Le lecteur peut sentir que l’écrivain éprouve de la difficulté à décider s’il doit écrire à la troisième personne ou à la première. En plus, si les italiques sont utilisés pour mettre de l’emphase, alors des pensées en italiques qui se suivent sans arrêt peuvent paraître comme un gonflement artificiel. Des personnages qui pensent avec emphase tout le temps sont aussi ennuyants que des personnages qui crient tout le temps.

Une manière plus subtile de combiner les pensées à la première personne avec une narration à la troisième personne est de mettre de côté l’italique, mais de conserver l’incise et le temps présent. Donc, le passage ci-dessus devient :

« Myriam observait le visage de Jean. Il avait les yeux chassieux à cause des quatre verres de whisky qu’il avait ingurgités avant le repas. Ses pupilles bougeaient dans tous les sens. Son sourire — ce sourire qu’elle aimait autrefois — était inégal : un coin de lèvre relevée et l’autre pas, pâle rayon d’un homme à qui la vie paraissait bienveillante, car rien n’était vu clairement. Des œufs séchés s’encroutaient dans sa barbe. Je ne peux plus le faire, pensa-t-elle. C’est impossible. » 

Mais que se passe-t-il si votre personnage est une personne qui pense beaucoup et que vous avez ses longues réflexions à transmettre au lecteur? Une des solutions est d'écrire les pensées (qui étaient, à l'origine, écrites à la première personne et au temps présent) à la troisième personne et au passé, afin de s’harmoniser avec le temps de la narration (qui est au passé). Alors, le passage devient :

« Myriam observait le visage de Jean. Il avait les yeux chassieux à cause des quatre verres de whisky qu’il avait ingurgités avant le repas. Ses pupilles bougeaient dans tous les sens. Son sourire — ce sourire qu’elle aimait autrefois — était inégal : un coin de lèvre relevée et l’autre pas, pâle rayon d’un homme à qui la vie paraissait bienveillante, car rien n’était vu clairement. Des œufs séchés s’encroutaient dans sa barbe. Elle ne pouvait plus le faire, pensa-t-elle. C’était impossible. »

Cette façon de manipuler les pensées est moins intrusive et apparente, parce que vous ne changez ni le temps ni la personne.

Finalement, voici une autre option, laquelle est la meilleure parce qu’elle coule comme l’eau d'un ruisseau, sans heurts. Vous préservez les pensées à la troisième personne et le temps de narration au passé, mais vous mettez complètement de côté l’incise, donc :

« Myriam observait le visage de Jean. Il avait les yeux chassieux à cause des quatre verres de whisky qu’il avait ingurgités avant le repas. Ses pupilles bougeaient dans tous les sens. Son sourire — ce sourire qu’elle aimait autrefois — était inégal : un coin de lèvre relevée et l’autre pas, pâle rayon d’un homme à qui la vie paraissait bienveillante, car rien n’était vu clairement. Des œufs séchés s’encroutaient dans sa barbe. Elle ne pouvait plus le faire. C’était impossible. » 

Le lecteur ne se demandera-t-il pas qui pense que Myriam ne peut plus le faire : Myriam elle-même, ou le narrateur? Cela dépend d’un autre facteur dans la manipulation des pensées : la distance.

Vous en saurez davantage dans le prochain billet.

Merci d'être là et de me lire.
Annie xxx...

mardi 5 octobre 2010

Les pensées des personnages - Partie 1

Est-ce que vos personnages pensent ? Les miens, beaucoup. Il faudrait que certains d'entre eux réfléchissent moins et agissent plus. C'est un aspect sur lequel je dois toujours porter mon attention lors de mes réécritures. Car c'est récurrent... Peut-être reflète-t-il un trait de ma personnalité ? Hmm... Lequel ? Dans quelle sphère de ma vie suis-je passive et réflexive ? Bon, là, je m'égare un peu du sujet de ce billet. Je ne suis pas là pour vous faire l'analyse psychologique de ma vie, mais bien pour vous parler des différentes façons de présenter les pensées des personnages.  

(Le texte qui suit est une traduction libre d’un passage du livre Dynamic Characters, de Nancy Kress, Writer’s Digest Books, 2004)

À une moment ou à un autre, tous les personnages de romans pensent. Les questions à nous poser alors, comme écrivain, sont :

« Comment présenter leurs pensées sans confusions, spécialement dans une histoire racontée par un narrateur à la troisième personne ? La diction devrait-elle s’harmoniser avec les dialogues des personnages ou avec le style narratif de l’écrivain ? Comment le lecteur sait-il si les phrases sont exprimées dans l’esprit du personnage ou sont simplement une exposition de l’auteur ? Mettez-vous les pensées entre guillemets ? En italiques ? Dans un paragraphe distinct ? Pour les pensées plus intimes, est-ce que vous changez le point de vue à celui de la première personne ? Quel dialecte le personnage utilise-t-il quand il pense dans sa tête ? »

La mécanique! On peut compter sur elle!

Voici cinq façons différentes de présenter les pensées d’un même personnage d’une histoire narrée à la troisième personne et au passé.

1) Joanie regardait le garçon à l’autre bout de la pièce. Il est beau, pensa-t-elle. Je veux le rencontrer. [Pensées au présent, à la première personne, en italiques, avec l’incise « pensa-t-elle »]

2) Joanie regardait le garçon à l’autre bout de la pièce. Il est beau. Je veux le rencontrer. [Pensées au présent, à la première personne, en italiques, pas d’incises]

3) Joanie regardait le garçon à l’autre bout de la pièce. Il est beau, pensa-t-elle. Je veux le rencontrer. [Pensées au présent, à la première personne, pas d’italiques, avec l’incise « pensa-t-elle ».]

4) Joanie regardait le garçon à l’autre bout de la pièce. Il était beau, pensa-t-elle. Elle voulait le rencontrer. [Pensées au passé, à la troisième personne, pas en italique, avec une incise]

5) Joanie regardait le garçon à l’autre bout de la pièce. Il était beau. Elle voulait le rencontrer. [Pensées au passé, à la troisième personne, pas d’italique, pas d’incise]

Peu importe le format que vous choisissez pour présenter les pensées de vos personnages, utilisez le même tout au long de votre histoire afin que vos lecteurs, une fois qu’ils auront saisi la mécanique, n’aient pas à faire d’ajustements mentaux.

Pour la même raison, n’utilisez pas de guillemets autour des pensées de vos personnages. Quand il verra le guillemet d’ouverture, le lecteur pensera aussitôt que c’est une réplique dialoguée du personnage, et, à la fin de la phrase, quand il lira le « pensa-t-il », il devra ajuster son image mentale : « Ce gars-là ne parle pas à haute voix après tout ! » Cela peut être un facteur de distraction dans sa lecture. Et la prochaine fois qu’il rencontrera un guillemet, il ne voudra pas savoir si le personnage parle à haute voix ou s’il ne fait que ruminer.

Une fois la cohérence installée, peut-on découvrir certains avantages et inconvénients à ces cinq façons de présenter les pensées ?

OUI.

Mais pour connaître la suite, vous devrez lire mon prochain billet. ;)  
 
Merci d'être là et de me lire.
Annie xxx...

lundi 9 août 2010

Les points de vue, quelle affaire ! (4ème partie)

Je tiens d'abord à remercier les auteurs suivants : Mathieu Fortin pour son article auteur vs narrateur et Audrey Parily pour son billet titré inspiration, imagination, création, qui viennent, tous deux, compléter ce que j'écris sur les différents PDV d'un narrateur.
Aujourd'hui, explorons le PDV le plus froid, le plus distant, le plus descriptif d'entre tous, car il n'est que cela, description : celle des dialogues, des mimiques et des gestes des personnages, de leur passé, de leur avenir, et celle du décor, comme le fait le narrateur omniscient. Mais contrairement à lui, jamais il n'entre dans la tête et le coeur des personnages. JAMAIS.
Je vous présente le NARRATEUR OBJECTIF.  
Pour comprendre ce type de narrateur, imaginez-vous être une caméra qui suit les personnages en filmant chacun de leurs gestes. Vous (dans la peau de ce narrateur) êtes totalement à l'extérieur d'eux et ne voyez que les faits, « rien que les faits, monsieur  ». Le plus grand défi de ce PDV est de rendre l'émotion des personnages en décrivant leurs actions, leurs traits, leur langage corporel. C'est une narration cinématographique, car c'est l'image qui prime et que vous placez en premier plan devant vos lecteurs, leur donnant ainsi toute latitude pour interpréter l'émotion des personnages. Vous ne dites rien. RIEN ! Mais simplement décrire ce qu'on voit, ce que le lecteur voit.  

Pour illustrer ce type de narrateur, je vais reprendre l'exemple du narrateur omniscient (le billet du 26 juillet) en enlevant tous les passages où ce dernier décrit les pensées et les émotions des personnages. 

Ce matin-là, un soleil de plomb réchauffe la ville, le temps est radieux, les fleurs épanouies et les odeurs d'herbe coupées embaument l'air de la rue Traverse. Des cris joyeux d'enfants jouant sur le trottoir accompagnent le chant des chardonnerets qui bondissent d'un sapin à l'autre. La vie est tranquille sur cette rue alors qu'à l'autre bout de la ville, des ambulanciers tentent par tous les moyens d'extraire deux corps aux membres déboîtés d'une Volvo accidentée. Le calme de la rue Traverse est cependant rompu par la venue d'une voiture de police qui se gare devant la maison jaune aux volets orange brûlé. Une maison coquette cerclée par une haie de jeunes cèdres.
L'agent Luc Malouin ôte ses lunettes fumées et soupire. Il fixe la rue devant lui en glissant sa grosse main dans ses cheveux courts, puis il sort de la voiture.
Pendant qu'il marche à pas lent vers l'entrée de la maison, à l'intérieur, Murielle, trente ans, cheveux bruns, yeux verts, vérifie à toute vitesse la terre des plantes de la cuisine. Dix minutes plus tôt, elle vidait les poubelles et comptait les valises. Elle prend maintenant une feuille de papier qui traînait sur le comptoir et coche la dernière ligne de la liste, sourire aux lèvres.
— Voilà, tout est fait !
Puis son visage s'assombrit. Elle fronce les sourcils et demeure silencieuse, un moment. Elle relève subitement la tête, les yeux écarquillés.
— Marcus ? dit-elle.
—...
— Marcus ? Où es-tu ?
Aucune réponse. Elle se rend au salon et soupire d'impatience en voyant son fils de 6 ans toujours assis par terre, entouré de ses montagnes de Légos, près de la chienne Alice endormie.
— Qu'est-ce que tu fais ?
Elle se penche vers lui.
— On part bientôt et tu joues encore. Pourquoi ? Tu n'as pas hâte de plonger tes pieds dans l'océan ?
Marcus ne répond pas et ne sourit pas non plus, il s'applique à la construction d'une tour entièrement rouge. Murielle perd légèrement son équilibre, mais réussit à ne pas tomber.
— Serre tes choses, mon grand, dit-elle d'une voix secouée. Et réveille Alice pour qu'elle soit prête...
Ding Dong !
Alors qu'elle se relève pour aller répondre, l'agent Luc Malouin essuie ses mains moites sur son pantalon, de l'autre côté de la porte. Une porte jaune serin. Et plus loin, dans la ville, le corps ensanglanté d'un homme de quarante ans et celui désarticulé d'une fillette gisent sur des civières.
Murielle ouvre.
— Madame Dutamoine ? commence-t-il.
— Oui, c'est moi.
Il la regarde avec sollicitude et lui prend délicatement les mains.
— J'ai le regret de vous annoncer, murmure-t-il, que votre mari et votre fille ont eu un grave accident de voiture. Vous devriez me suivre.
Murielle demeure immobile, le regard vide. Elle tremble de plus en plus. L'agent Luc Malouin se passe une main sur la mâchoire, le regard fuyant. Murielle plonge alors ses yeux humides dans les siens.
— Ils sont morts ?
Il baisse la tête et souffle :
— Suivez-moi, s'il vous plaît.
Elle se précipite dans le salon.
— Marcus, dit-elle d'une voix sèche, il faut partir, amène Aline.

Avec ce type de narration, la distance est grande entre le narrateur et ses personnages. Il est donc plus difficile pour le lecteur de s'identifier et de s'attacher aux personnages. C'est une narration froide ne décrivant que les aspects extérieurs de l'histoire. En aucun cas ne sont révélés les pensées, les sentiments des personnages, leur attitude, leurs préoccupations, leurs obsessions, leurs désirs ou leur projet. 
Si vous souhaitez créer une aura d'intrigue autour d'un personnage ou d'une situation, vous pouvez décider de recourir à la narration objective. Hernest Hemigway et Stephen King l'ont déjà fait et ils l'ont très bien réussi ! 

Voilà, ce billet termine la série d'articles sur les PDV.

Faites-moi savoir si le contenu de cette série vous a été utile, vous seriez gentil(le)s, MERCI !

Et merci d'être là et de me lire !
Annie xxx...

jeudi 5 août 2010

Les points de vue, quelle affaire ! (3ème partie)

Là, j'ai envie de partager avec vous le point de vue (PDV) que j'affectionne le plus : celui du personnage principal mais raconté par un narrateur à la troisième personne. On le nomme (dans le livre The Power of Point of View, d'Alicia Rasley) le PDV subjectif fixe.
Comme je l'ai mentionné dans le billet du 21 juillet (Les points de vue, quelle affaire ! (1re partie)), pour écrire avec ce PDV, nous n'avons qu'à écrire avec un narrateur à la 1re personne puis à réécrire notre texte en changeant simplement les « je » pour des « i l » ou des « elle », selon le cas, et en utilisant, à petites doses, le prénom du personnage là où le narrateur, selon le ressenti de l'auteur, se distance de lui, mais pas trop, à peine, comme s'il se plaçait juste au-dessus de lui. 

Dans mon cas, ce sera des « elle » et le prénom de mon personnage, Murielle.

Allons-y avec l'exemple pour illustrer le tout !

Bon, tout est prêt. Les valises, le chien, la maison, les poubelles, les plantes... Elle n'a rien oublié, là. Murielle fouille nerveusement dans ses poches. Voyons, où est-ce que je l'ai mise ? Puis elle la voit, sur le comptoir, sa liste. Elle la prend et la scrute. Non, tout est coché ! Hoooo ! Je suis toute énervée ! Elle a tellement hâte de partir ! Enfin, la mer ! La mer... Depuis le temps qu'elle en rêve. Y être en famille ! Elle espère que François et Joudie vont arriver bientôt. Ils partent dans moins d'une heure. Où est Marcus ?

— Marcus !
— Je suis dans le salon.
A-t-il commencé à ranger ses jouets, comme elle le lui avait dit ? Elle l'espère. Mais une fois dans le salon, Murielle soupire d'impatience.
— Marcus ! Qu'est-ce que tu fais ?
Elle s'accroupit devant lui et sa montagne de Légos.
— On part bientôt et tu joues encore. Pourquoi ? Tu n'as pas hâte d'aller voir l'océan ?
Sans répondre, son fils s'applique à la construction d'une tour entièrement rouge ! Des blocs ROUGES... Un frisson la saisit.
— Sers tes choses, mon grand, OK ? Et réveille Alice pour qu'elle soit prête...
Ding Dong !
Ah non ! Pas des colporteurs ou des témoins de Jéhova ! Elle n'a vraiment pas le temps pour ça. Murielle va ouvrir la porte et ouf ! ce n'est pas eux, mais un policier à l'air si grave qu'on dirait qu'il vient de perdre sa femme.
— Madame Dutamoine ?
— Oui, c'est moi.
L'homme lui prend la main avec douceur. Qu'est-ce qu'il lui prend ? Sa main la glace, elle n'aime pas ça. Ses yeux plongent dans son regard et elle a soudain peur. Peur des mots qui sortiraient de sa bouche...
— J'ai le regret de vous annoncer, commence-t-il avec une voix si faible qu'elle l'entend à peine.
Et pourtant chaque mot semble hurler dans sa tête, comme si elle savait...
—... que votre mari et votre fille ont eu un grave accident de voiture. Vous devriez me suivre.
Murielle le regarde, ce qu'il n'a pas dit résonne trop fort en elle. Un silence bruyant, comme des marteaux géants frappant sur des murs de taule. Sur son coeur, son âme...
Les yeux de l'officier sont trop éloquents...
— Ils sont morts ?
Il baisse la tête. 
— Suivez-moi, s'il vous plaît.
Soudain, un froid immense l'envahit, un vide.
— Marcus, crie-t-elle à son fils. Il faut partir, amène Alice.


On utilise ce PDV pour montrer les émotions du personnage principal et tout ce qui se passe dans sa tête. Le narrateur se distance légèrement du personnage lorsqu'il doit décrire ses gestes. Pour le reste, tout est vu à travers les yeux du personnage, son environnement et les gens autour de lui. Pour écrire avec ce PDV, il faut être capable de sentir la voix du personnage, ce qui demande une grande expertise de la part de l'auteur. Élizabeth Georges nous explique, dans son livre Mes secrets d'écrivain, sa façon de faire pour cerner la voix de ses personnages. Elle a une méthode très détaillée, parfaite pour ceux et celles qui aiment travailler avec le cerveau gauche. Mais pas pour moi qui suis plutôt cerveau droit...
Pour avoir lu quelques-uns de ses bouquins, je dois vous avouer qu'elle excelle avec ce PDV.  Lisez, par exemple, Le rouge du pêché, son dernier roman paru aux éditions Presses de la cité, en 2008, et vous verrez : on ressent la différence des voix entre les personnages. C'est hallucinant !  
 
Ce PDV me fascine et j'ai encore bien des choses à apprendre sur lui. J'espère un jour pouvoir le maîtriser... (OUI! Je vais y arriver !! Il faut être positive dans la vie !)
 
Le prochain billet sur les PDV traitera du PDV objectif.
 
Merci d'être là et de me lire.
À bientôt,
Annie xxx...

lundi 26 juillet 2010

Les points de vue, quelle affaire ! (2ème partie)


Le narrateur omniscient est celui qui connaît tout de tout dans votre histoire. Imaginez-le assis près d'un feu en train de raconter son récit, nous faisant ressentir l'histoire qui se déroule derrière les personnages en même temps qu'il nous révèle ce qui se passe dans leur tête et dans leur coeur.

Pour vous illustrer ce qu'est un narrateur omniscient, reprenons la situation de Murielle qui apprend par un policier venu cogner à sa porte que son mari François et sa fille aînée Joudie sont morts dans un accident de voiture. (voir billet du 21 juillet)


2) PDV à la troisième personne (narrateur omniscient) :


Ce matin-là, un soleil de plomb réchauffe la ville, le temps est radieux, les fleurs épanouies et les odeurs d'herbe coupées embaument l'air de la rue Traverse. Des cris joyeux d'enfants jouant sur le trottoir accompagnent le chant des chardonnerets qui bondissent d'un sapin à l'autre. La vie est tranquille sur cette rue alors qu'à l'autre bout de la ville, des ambulanciers tentent par tous les moyens d'extraire deux corps aux membres déboîtés d'une Volvo accidentée. Le calme de la rue Traverse est cependant rompu par la venue d'une voiture de police qui se gare devant la maison jaune aux volets orange brûlé. Une maison coquette cerclée par une haie de jeunes cèdres.
L'agent Luc Malouin ôte ses lunettes fumées et soupire. Il appréhende ce qu'il va faire. Il redoute surtout les cris et les pleurs... Il fixe la rue devant lui en glissant sa grosse main dans ses cheveux courts, puis il sort de la voiture.
Pendant qu'il marche à pas lent vers l'entrée de la maison, à l'intérieur, Murielle, trente ans, cheveux bruns, yeux verts, vérifie fébrilement la terre des plantes de la cuisine. Dix minutes plus tôt, elle vidait les poubelles et comptait les valises. Tout devait être prêt avant leur départ. Un voyage à la mer. La mer... Depuis le temps que j'en rêve. Y être en famille ! Puis elle fouille nerveusement ses poches. Voyons, où je l'ai mise ? Elle se retourne. Sa liste est là, sur le comptoir. Elle la prend et la scrute. Après un moment, elle sourit : tout est coché. Elle jette un oeil sur l'horloge : 13 h 25. Que font-ils ? Ils devraient être là depuis au moins dix minutes. François, son mari et sa fille Joudie sont partis acheter une trousse de premiers soins, ce qui manquait pour compléter leur bagage.
— Marcus ? dit-elle.
—...
— Marcus ? Où es-tu ?
Aucune réponse. Elle se rend au salon et soupire d'impatience en voyant son fils de 6 ans toujours assis par terre, entouré de ses montagnes de Légos, près de la chienne Alice endormie.
— Qu'est-ce que tu fais ?
Elle se penche vers lui.
— On part bientôt et tu joues encore. Pourquoi ? Tu n'as pas hâte de plonger tes pieds dans l'océan ?
Marcus ne répond pas et ne sourit pas non plus, il s'applique à la construction d'une tour entièrement rouge. Un frisson saisit Murielle.
— Serre tes choses, mon grand, dit-elle d'une voix secouée. Et réveille Alice pour qu'elle soit prête...
Ding Dong !
Alors qu'elle se relève pour aller répondre, l'agent Luc Malouin essuie ses mains moites sur son pantalon, de l'autre côté de la porte. Une porte jaune serin. Et plus loin, dans la ville, le corps ensanglanté d'un homme de quarante ans et celui désarticulé d'une fillette gisent sur des civières.
Murielle ouvre.
— Madame Dutamoine ? commence-t-il.
— Oui, c'est moi.
Il la regarde avec sollicitude et lui prend délicatement les mains.
— J'ai le regret de vous annoncer, murmure-t-il, que votre mari et votre fille ont eu un grave accident de voiture. Vous devriez me suivre.
Murielle demeure immobile, le regard vide. Elle tremble. L'agent Luc Malouin aimerait tout lui dire, mais une fois de plus, il est incapable de révéler la vérité. Incapable...
Murielle plonge alors ses yeux humides dans les siens.
— Ils sont morts ?
Il baisse la tête et souffle :
— Suivez-moi, s'il vous plaît.
Elle se précipite dans le salon.
— Marcus, dit-elle d'une voix sèche, il faut partir, amène Aline.

On utilise ce PDV quand on veut montrer la vie intérieure de plusieurs personnages, et quand on veut montrer une vue globale de l'action, comme la vision d'un oiseau survolant la ville et ayant une vue panoramique de ce qui se passe. Ce narrateur peut efficacement se promener d'un personnage à un autre, d'une place à une autre, comme il convient à l'action. Cette narration aide à faire des transitions tout en douceur entre différents événements qui se déroulent simultanément (pendant que Luc marchait, Murielle vérifiait...). Vous avez une plus grande latitude dans la présentation de l'action et des descriptions, dans une scène, parce que vous n'êtes pas confiné à la perception d'un personnage ou plus.

Pour apprendre ce type de narration, lisez la série Charles Le Téméraire d'Yves Beauchemin, notamment le premier tome de cette série (qui, selon moi, est le meilleur, soit dit en passant).
Je vous le rappelle. La scène écrite ci-haut est un premier jet, avec toutes ses faiblesses. Elle se veut simplement un exemple d'une histoire racontée par un narrateur omniscient. Merci de votre indulgence.

La suite dans les prochains billets.

Merci d'être là et de me lire.

Annie :o) xxx...

mercredi 21 juillet 2010

Les points de vue, quelle affaire ! (1ère partie)


J'ai envie de vous parler des points de vue (PDV) narratifs.

Savez-vous ce que c'est ? Il en existe plusieurs. Les voici.

1) PDV à la première personne : c'est quand l'histoire est racontée au « Je », c'est-à-dire quand le narrateur de l'histoire est un personnage (principal ou secondaire) de l'histoire.

2) PDV à la troisième personne : c'est quand l'histoire est racontée au « Il », c'est-à-dire par un narrateur extérieur à l'histoire. Dans cette catégorie, il existe quatre sous catégories. Les voici.

a) Narrateur omniscient : il est partout, sachant tout de tout, plongeant dans la conscience de tous ses personnages, connaissant leur passé, leur futur, comme un Dieu Tout Puissant !

b) Narrateur omniscient limité : jouissant des qualités du narrateur omniscient, celui-ci, par contre, n'entre dans la conscience que d'un ou deux personnages, comme dans les histoires d'amour (le héros et l'héroïne).

c) Narrateur subjectif fixe : ce narrateur raconte l'histoire du point de vue de son personnage principal comme celui à la première personne. En fait, si vous prenez un récit narré au « Je » et que vous le transposez au « Il », vous obtenez une narration subjective fixe. Dans cette sous catégorie, il existe deux options : narrateur subjectif fixe et narrateur subjectif multiple. Dans ce dernier, habituellement chaque chapitre du livre est raconté du point de vue d'un personnage différent, comme dans les livres d'Élizabeth Georges ou de John Le Carré.

d) Narrateur objectif : ce narrateur n'entre JAMAIS dans la conscience des personnages, il est totalement à l'extérieur de l'histoire, il ne décrit que ce qu'il voit et entend : les gestes, les mimiques et les paroles des personnages, les décors avec leurs couleurs, leurs senteurs et leurs bruits... Il peut connaître l'avenir et le passé des personnages, mais « en aucun moment il ne révèle leurs pensées et leurs sentiments, leur attitude, leurs préoccupations, leurs obsessions, leurs désirs ou leurs projets. Tout ce qui participe du fonctionnement interne des personnages est résolument exclu de la narration (...) Ce narrateur écrit d'une manière journalistique, comme un reporteur. » Mes secrets d'écrivain d'Élizabeth Georges.

Maintenant, laissez-moi vous illustrer chacun de ces PDV avec la situation suivante.

Une femme, qu'on va appeler Murielle, apprend par un policier venu cogner à sa porte que son mari François et sa fille ainée Joudie sont morts dans un accident de voiture. L'action se déroule dans la matinée, sous un soleil radieux, en plein coeur d'un été chaud. Dans la maison, il y a la vieille chienne Alice qui dort dans le salon à côté du petit Marcus, âgé de six ans, qui joue avec ses Légos.

1) PDV à la première personne :

Bon, tout est prêt. Les valises, le chien, la maison, les poubelles, les plantes... Je n'ai rien oublié, là. Je fouille nerveusement dans mes poches. Voyons, où est-ce que je l'ai mise ? Puis je la vois, sur le comptoir, ma liste. Je la prends et la scrute. Non, tout est coché ! Hoooo ! Je suis toute énervée ! J'ai tellement hâte de partir ! Enfin, la mer ! La mer... Depuis le temps que j'en rêve. Y être en famille ! J'espère que François et Joudie vont arriver bientôt. On part dans moins d'une heure. Où est Marcus ?
— Marcus !
— Je suis dans le salon.
J'espère qu'il a commencé à ranger ses jouets. Je lui ai pourtant dit de le faire. Une fois dans le salon, je soupire d'impatience.
— Marcus ! Qu'est-ce que tu fais ?
Je m'accroupis près de lui et de sa montagne de Légos.
— On part bientôt et tu joues encore. Pourquoi ? Tu n'as pas hâte d'aller voir l'océan ?
Sans répondre, mon fils s'applique à la construction d'une tour entièrement rouge ! Des blocs ROUGES... Un frisson me saisit.
— Sers tes choses, mon grand, OK ? Et réveille Alice pour qu'elle soit prête...
Ding Dong !
Ah non ! J'espère que ce n'est pas des colporteurs ou des témoins de Jéhova, je n'ai vraiment pas le temps pour ça. Je vais ouvrir la porte et ouf ! ce n'est pas eux, mais un policier à l'air si grave qu'on dirait qu'il vient de perdre sa femme.
— Madame Dutamoine ?
— Oui, c'est moi.
L'homme me prend la main avec douceur. Mais qu'est-ce qu'il lui prend ? Sa main me glace, je n'aime pas ça. Ses yeux plongent dans mon regard et j'ai peur. Peur des mots qui sortiraient de sa bouche...
— J'ai le regret de vous annoncer, commence-t-il avec une voix si faible que je l'entends à peine.
Et pourtant chaque mot semble hurler dans ma tête, comme si je savais...
—... que votre mari et votre fille ont eu un grave accident de voiture. Vous devriez me suivre.
Je le regarde, ce qu'il n'a pas dit résonne trop fort en moi. Un silence bruyant, comme des marteaux géants frappant sur des murs de taule. Sur mon coeur, mon âme...
Les yeux de l'officier sont trop éloquents...
— Ils sont morts ?
Il baisse la tête, incapable de me répondre.
— Suivez-moi, s'il vous plaît.
Soudain, un froid immense m'envahit, un vide.
— Marcus, que je crie à mon fils. Il faut partir, amène Alice.


On utilise ce PDV pour faire entendre au lecteur une voix, celle du personnage, et pour montrer les émotions de ce dernier, ses pensées, son attitude, ses désirs... On est en plein coeur de la conscience du protagoniste. On est totalement dedans ! C'est le PDV le plus intime, le plus près du personnage. Si le but de l'histoire (et de l'auteur) est de montrer l'évolution d'un personnage dans ses émotions, ses pensées et ses attitudes, le PDV à la 1re personne est à privilégier.

Prenez note que le passage décrit ci-dessus est un premier jet, il n'est pas parfait... Merci de votre indulgence. Il se veut simplement un exemple de ce que c'est qu'une narration à la première personne.

La suite dans les prochains billets.

Merci d'être là et de me lire,
Annie xxx...

vendredi 25 juin 2010

Montrer au lieu de dire...


Le « show don't tell » est un conseil que je lis souvent dans mes livres sur l'écriture. Dans son livre The 3 A.M. Epiphany, Brian Kiteley explique pourquoi cette technique est si importante dans la fiction d'aujourd'hui : « L'image est le moteur premier de la plupart des fictions. James Joyce, un chanteur frustré, disait de ses histoires et de ses romans qu'ils étaient menés par la musique. (...) Notre époque est visuelle et la fiction, par nécessité, entre en compétition avec le film et la télévision, sans parler de la publicité télévisuelle (une forme narrative des plus insidieuses). Notre culture est bien davantage régie par l'image que par le verbal. (...) Dans Beyond Culture, Edward T. Hall décrit la manière dont les penseurs les plus innovateurs du XXe siècle articulent leur pensée : en images »

Oui, c'est bien beau, tout cela ! Mais concrètement parlant, comment cette technique s'applique-t-elle dans un texte ? Je vous explique.

Quand j'écris : « Marie est en colère », je donne une information, je la « dis ».

Mais quand j'écris : « Le visage de Marie s'empourpra, et elle frappa violemment la chaise avec son pied. », je montre par une image la colère de Marie, je ne la « dis » pas. Dans ce cas-ci, nous sommes à l'extérieur du personnage, comme une caméra qui filme la scène. Celui qui raconte est un narrateur objectif.

Faisons un pas de plus et allons plus loin, plus creux dans dans la conscience de Marie : « Pour qui il se prenait, ce fils de chien ? Il l'avait plaquée là, lui ! Non, mais... Elle donna un violent coup de pied sur la chaise qui frappa le mur. » Ici, le narrateur est omniscient, il est entré dans la tête de Marie pour nous livrer ses pensées et nous faire vivre, de l'intérieur, sa colère.

Un autre exemple tiré cette fois du livre Flogging the Quill, de Ray Rhamey. (J'en fais une traduction libre)

« La scène : Anna vient de terminer une longue et mauvaise journée au travail et maintenant, elle doit passer quelques heures à l'hôpital auprès de son père qui est inconscient depuis plusieurs jours. Vous voulez faire connaître à vos lecteurs la condition physique et émotionnelle d'Anna.

Un auteur pourrait écrire : Anna était physiquement et mentalement épuisée.

Bien entendu, vous obtenez l'information. Vous avez une compréhension intellectuelle de sa condition. Mais vous ne ressentez pas ce qu'Anna ressent, n'est-ce pas ? Pour montrer l'épuisement mental et physique d'Anna, vous pourriez écrire ceci :

Tout ce qu'Anna voulait faire était de s'affaler dans un lit et dormir. Mais d'abord, elle pleurerait. Elle ne pensait pas être capable de rester calme et posée une minute de plus.

La scène continue : Le père d'Anna se réveille brusquement et se débat comme un fou, haletant. Les moniteurs s'affolent. Vous voulez faire connaître la réaction d'Anna à vos lecteurs.

Un auteur pourrait écrire : Anna avait peur.

Il pourrait aussi nous la montrer avec :

Oh, mon Dieu, qu'est-ce qui était en train de se passer ? “Papa ?” Pourquoi ne répondait-il pas ? “Infirmière, faites quelque chose !” »

Ray Rhamey nous dit que dans certaines scènes, comme la précédente, on ne devrait pas essayer d'informer le lecteur, mais plutôt de lui offrir une expérience. Et c'est en montrant les paroles, les pensées et les actions de nos personnages que cela peut se faire.

Maintenant, qu'en est-il avec vos récits, vos histoires ? Est-ce que vous « montrez » ou bien vous « dites » ?

N'oubliez pas que l'on ne doit pas complètement bannir le « dire » de nos écrits, car parfois il est très utile, surtout quand on a besoin de résumer une partie de l'histoire pour accélérer le rythme de notre récit, en éliminant, entre autres, la surenchère gestuelle.

Voilà.

Je vous souhaite une belle séance d'écriture et termine ce billet en vous proposant un exercice que vous pourrez faire à la maison. Essayez-le, c'est gratuit !

Transformez les phrases suivantes de sorte qu'elle montre l'état au lieu de le dire :

a) Julie avait faim.
b) Marc était gêné.
c) Anne-Sophie était frigorifiée.
d) Le chien avait très chaud.

Amusez-vous !

Merci d'être là et de me lire !
Annie xxx...

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